Date de publication : 15.05.14 Imprimer
La mode d’emploi

La mode d’emploi

Les tirelires sonnent creux bien que la mode déploie ses abondantes créations. Fatalement, les femmes achètent beaucoup moins d’habits ces dernières années. Caprice enterré ou sacrifice méritoire ? La femme et la mode, un lien étrange…

 

Dans mon quartier de Paris, les vitrines des grands créateurs de haute-couture ou de prêt-à-porter rivalisent d’originalité, de formes, d’audace et de couleurs. Tantôt dénudés, tantôt masculinisés ou au contraire à la pointe de l’élégance féminine à la française, les modèles sont à la merci de regards et de commentaires bien variés. Il est amusant de lire sur le visage des passants, des sentiments contradictoires : l’admiration, l’amusement, la malice, la perplexité, et parfois, on peut surprendre une mine désabusée face à ces collections maitresses en style.

 

Souvent je me dis que je n’ai pas les moyens de me vêtir comme les grandes dames que j’admire. Je ne peux porter de tissus si beaux sur moi. Pourtant, j’aime ces vitrines, elles ont quelque chose qui me boostent, elles sont un peu comme un halo de projecteur sur l’ombre que je suis avec mon jean et mes talons plats, parmi la foule qui bat le pavé. La mode s’impose à nos yeux et laisse rarement indifférent. Les mannequins filiformes, pâles et sans expression nous interpellent silencieusement. Mais je ne suis pas la seule à n’avoir plus rien à me mettre… même si mon armoire est pleine à craquer ! Oui, les femmes semblent passer beaucoup de temps à soigner leur apparence : mais que cherchent-elles vraiment ?  Etre ou paraître ? La coquetterie des femmes laisse planer le doute.

 

« Si une femme est mal habillée… »

 

Plutôt que de filer un mauvais coton à en faire sourire le Malin en Prada, je me suis éloignée de mes lèche-vitrines stériles et j’ai rencontré la conseillère en image (relooking) et styliste Jocko B.

Sa longue expérience dans les magasins de prêt-à-porter et de conseil apporte un éclairage trop peu connu sur les raisons des femmes d’être attachées à la mode. Ce qui est spécifique à la femme ? « Avoir besoin de se renouveler sans cesse. Mais elle n’est pas seule dans cet élan. L’homme y joue le rôle principal. Pour lui, la femme est belle dans son essence et il veut la sublimer. » Au delà de son aspect utilitaire, le vêtement peut ainsi dévoiler l’intériorité mystérieuse de la femme.

 

« La femme s’habille toujours pour une raison, aussi inconsciente soit-elle. Selon le milieu social, l’éducation, le niveau de vie, la religion, elle va tenter de séduire, provoquer ou s’effacer. » L’habit est évocateur.

 

S’exprimer à travers lui peut certes paraître assez superficiel voire trompeur : l’habit ne fait pas le moine ! Mais Jocko B. précise que la femme est profondément spirituelle. Par sa manière de se vêtir, elle s’approche de la réalité en lui donnant couleurs, rêves, beautés, douceurs ou surprises. L’habit dépasse les codes. Sa fonction est personnelle, unique à chaque personne. Coco Chanel écrivait : « Si une femme est mal habillée, on remarque sa robe, mais si elle est impeccablement vêtue, c’est elle que l’on remarque. »

 

La mode : le cache-cœur des femmes ?

 

Ce désir d’être belle, d’attirer les regards, semble inhérent à la nature féminine, comme si elle devait annoncer quelque chose de grand, d’important. Déshabiller une femme du regard, c’est attendre d’elle une réponse, une attention. La femme a quelque chose de captivant : « Peut-être aussi cette activité de tous les sens à la fois et qui essaye de connaitre avec les regards seuls ce qui est au-delà d’eux est-elle trop indulgente aux mille formes, à toutes les saveurs, aux mouvements de la personne vivante que d’habitude quand nous n’aimons pas nous immobilisons. Le modèle chéri au contraire bouge : on n’en a jamais que des photographies manquées. » (Proust, A l’Ombre des Jeunes filles en fleurs.)

 

A travers les différents habits, leurs coupes, leur texture, leurs couleurs, les yeux se posent naturellement sur ce que souligne le tissu : une taille, une épaule, une silhouette qui suggèrent l’immense mystère ! Mystère de la beauté certainement, mais aussi mystère de la puissance de vie que les femmes portent en elles. Sensuelle, maternelle, fragile et forte… Impossible d’encorseter les sentiments qui émanent d’elles. Tour à tour, les femmes expriment à travers leurs habits la grâce, la beauté, la douceur, l’audace, l’autorité et parfois la vulgarité… Autant de facettes qui reflètent l’insaisissable essence des femmes et la légitimité de renouveler régulièrement leur gardes-robes !

 

Photo Emmanuel Roze*

 

  • MD

    Mais alors comment incarner une garde-robe que l’on renouvelle sans cesse ?

  • Guiguidesalpes

    Merci pour cet article intéressant ! la preuve que la mode peut être pensée au delà de ses apparences…belle analyse de la Femme !