Date de publication : 30.01.14 Imprimer
Narcisse tombe à l’eau…

Narcisse tombe à l’eau…

Le bras tendu, le doigt posé sur la tranche de son smartphone, il déclenche une photo qui circulera sur les réseaux sociaux. Souvent une photo mise en scène sur laquelle il convient d’adopter un air naturel, afin qu’elle semble avoir été prise sur le vif. C’est une photo de soi, prise par soi. Et tout ça pour récolter une montagne de commentaires. C’est le selfie.

 

Un art numérique

                                                                                                                                               

Le selfie est-il le symptôme d’une société malade? Peut-être… Pourtant l’idée que les nerds, geeks ou nolifes aient enfin trouvé leur mode de sociabilisation aurait plutôt tendance à me plaire. Entendre que le selfie révèle les abîmes du narcissisme de notre époque ou savoir qu’Apple et Samsung se font un paquet de thunes, grâce au marché des photophones, me fait en général plus pouffer qu’autre chose.

 

C’est qu’il est tellement de bon ton de maudire les smartphones et les réseaux sociaux. Déposer sa pierre anti-selfie à l’édifice de la râlerie est sans risque. Comme quoi, c’est parfois chic d’être réac. Mais peut-être que pour une fois ce bon ton, à défaut d’être original, a du bon…

 

C’est pour répondre à mes questions que je suis allé à la rencontre d’une professionnelle de l’adolescence, afin de mieux comprendre les raisons de ce succès. Anne-Laure de Beaurepaire, psychologue scolaire, explique que « le selfie est un phénomène très présent chez les adolescents, un phénomène qui est accentué par l’importance des réseaux sociaux. Le selfie répond à un besoin de reconnaissance sociale ». Si les ados se montrant sur les réseaux sociaux, c’est qu’ils attendent des réactions de leurs potes. Ils recherchent un moyen d’exister.

 

L’ado a bon dos

 

Le « selfier » est susceptible de nourrir des anxiétés, comme l’angoisse liée à son image. Le risque est réel. Un internaute pourrait estimer sa valeur en fonction du nombre de commentaires ou de likes collectés. Et voila que patatras, la spirale malsaine du narcissisme sape l’estime de soi. La dépendance aux réseaux sociaux peut-être nocif.

 

La dépendance au smartphone, comme aux réseaux sociaux, n’est pas une exclusivité des 14-18 ans. Qui n’a jamais eu les yeux rivés sur le petit écran de son téléphone à l’apéro ? Il en va de même pour le selfie, les ados ne sont pas les seuls à se prendre en photo. Certaines personnalités ont déjà fait un selfie. Hillary Clinton, Barack Obama, Bill Gates et Bill Clinton, ainsi que d’autres stars n’étant ni des nerds ni des ados.

 

Faut-il être un people pour avoir droit à son autoportrait ?

 

Cette question ne se pose plus en ces termes, car que tu sois peintre – comme Rembrandt et Van Gogh – ou sculpteur, scientifique – comme Robert Cornelius, l’auteur du premier selfie en 1839 – ou un simple homme de la rue, maîtrisant ou non l’art pictural, il t’est désormais possible de faire ton autoportrait. Le selfie deviendrait presque une avancée sociale. La démocratisation de l’autoportrait !

 

La com’ à tous les étages

 

Le selfie donne l’occasion de redécouvrir quelqu’un que l’on croyait connaitre. Les masques tombent, le jour se fait, et l’on découvre quelqu’un de finalement sympa. Regardez la photo de Clinton si elle n’a pas l’air cool. Mais tout ça requiert la maîtrise d’une technique, car pour un « selfier » une photo prise sur le vif, ça se réfléchit. Le selfie est un acte prémédité.

 

Le selfie n’est rien de plus qu’un outil de com’ mis entre des mains d’ado. Mais là où une Hillary Clinton travaille sa communication un ado y recherche de l’assurance. La différence est que pour l’un ça peut faire mal.

 

C’est un outil de com’ à fort potentiel. Certainement plus efficace qu’un long discours, le selfie peut être facilement relayé sur les réseaux sociaux. Il pourrait devenir un moyen efficace dans la défense d’une idée. Imaginez le nain d’Amélie Poulain, devenu militant LMPT et fan de selfie, postant ses photos sur son wall FB… Y a du buzz dans l’air.

  • Alex

    Un regard intéressant sur le sujet. Je ne ferai plus de selfies de la même manière…

  • Philippe

    Bon Mathieu. A la lecture de votre article je suis un peu perdu. En voyant le titre je me suis dit génial je vais améliorer mes connaissances en matière de nouveautés car pour tout vous avouer selfie ne me parlait pas plus que geek et les autres. J’ai donc ouvert un dictionnaire, pas le Littré rassurez-vous ni le petit Robert mais une page google. Et là surprise un monde que j’ignorais existait bel et bien et en plus il avait eu la bonne idée de se donner un vocabulaire.
    Vous l’aurez compris je ne suis plus un ado. Je ne suis pas non plus une star qui travaille son image. Mais alors que dois-je faire car j’ai vérifié mon téléphone a bien l’option ?
    Bref comme dans beaucoup de domaines nouveaux je me renseigne. Et au fur et à mesure de l’article je me suis dit que j’allais enfin pouvoir aller dîner en ville avec un nouveau mot Selfie et quoi en penser.
    Mission accomplie. Cependant un petit doute persiste. Le Selfie à mon âge c’est normal ?

    • Mathieu Drenberg

      Merci
      pour vos commentaires, c’est toujours très enthousiasmant d’avoir un
      retour du lecteur. Pour répondre à votre question Philippe, il me semble
      qu’il n’y a pas d’âge limite au Selfie. C’est un sport qui se
      pratique de 7 à 77 ans. L’article doit plus être vu comme une critique
      d’un phénomène social que comme une réprimande envers les selfiers.