Date de publication : 31.12.13 Imprimer
Un vent d’est

Un vent d’est

Il y a ceux qui parlent de progrès, de liberté et de démocratie. Et il y a ceux qui s’en foutent. Il y a les pays avancés et les pays reculés. Il y a les occidentaux et les autres. Il y a les Etats-Unis et la Russie. Mais il y a surtout, à l’ombre de la Russie, l’Ukraine, où 50 000 manifestants ont dénoncé, ce week-end à Kiev, l’agression d’une journaliste (et militante). Hier déjà, ils manifestaient contre le rapprochement de l’Ukraine et de la Russie. Demain encore, ils manifesteront. Ni vu, ni connu, j’t’embrouille. Et cela pour… pour une autre raison, qui sera, croyez-moi, tout aussi émouvante que juste. Bref, ça chauffe à l’est.

ON NOUS MENT : le père Noël est une ordure

Nous sommes gouvernés par des gosses aux appétits politiques hors norme. Les guéguerres politicardes me font halluciner. Bien que, la plainte de ceux qui s’étonnent qu’à notre époque, au XXI siècle (vous rendez-vous compte, au XXIe siècle), nous soyons encore à nous tirer dans les pattes… m’exaspère encore plus. Moi je dis qu’on n’est pas plus malin avec un silex dans les mains qu’avec un briquet. Sauf qu’on ne se sent plus, et que l’on vit comme si le monde avait été créé en même temps que nous, comme si l’histoire ne résistait pas au temps.

P’tit rappel : l’Ukraine – comme d’autres anciennes républiques soviétiques – n’est pas à son premier mouvement du type. Dans un passé proche (2004), il y a eu la Révolution orange, et en Géorgie, il y a eu la Révolution des roses. Surtout, et ne l’oublions pas, il y a eu la désagrégation de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (la digestion est toujours difficile au Kremlin) qui a entrainé la chute du mur de Berlin.

Ces événements ont en commun, avec l’actuelle protestation ukrainienne, la lutte contre l’influence qu’exercerait Moscou sur ses anciennes républiques. On aurait tort de croire que la guerre féroce que se livraient Washington et Moscou soit de l’histoire ancienne. La guerre froide n’est plus, oui, mais le conflit est tenace. Alors que l’Union Européenne, cette arme redoutable et particulièrement anti-russe, s’effrite (perte du triple A), Moscou cherche à rassembler ses anciennes républiques. Le mouvement de protestation en Ukraine doit s’inscrire dans la chronologie historique (pas grave si Peillon n’est pas d’accord). Moscou vaincu se réveille de son hibernation, comme l’Allemagne l’a fait en son temps, l’URSS ou la Russie de Poutine veut sa revanche. Poutine, cet ex-agent du KGB, a instauré, au 1er janvier 2010, l’Union Douanière entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie. Il ne manquait plus que l’Ukraine.

C’est clair, l’Amérique flippe grave, et a décidé d’envoyer McCain aux côtés des pro-occidentaux. C’est là que l’on a découvert que derrière la barbe du père Noël, virevoltant tel un oiseau humaniste, se cachaient en réalité McCain (bon pied bon œil), puis Obama, et enfin le long doigt sale de l’oncle Sam. Qu’est-ce qu’il y a comme place dans la hotte de ce vieux débris !

DOMMAGE POUTINE : les USA ne veulent pas de ton Union Eurasiatique

Une source diplomatique m’a rappelé que l’Ukraine est un pays compliqué, et qu’il fallait se garder d’une analyse simpliste. C’est un pays divisé, la partie ouest et proche de la Pologne est plutôt tournée vers l’Union Européenne, la partie russophone est tournée vers la Russie.

Le facteur religieux à son sens n’explique pas la « guerre civile » actuelle. L’Ukraine est un pays composé de catholiques à l’ouest (10%), de musulmans en Crimée (4%), et d’orthodoxes à l’est (60%). Notre source diplomatique indique que le soutien aux manifestants par la population est plutôt lié à un fort nationalisme, qui a principalement comme figure spirituelle les cosaques, ces soldats qui ont tantôt soutenu les Polonais, tantôt les Russes, et ont toujours prôné une plus grande autonomie de l’Ukraine.

Le mouvement actuel est donc spontané, parce qu’il symbolise l’indépendance de l’Ukraine, son refus d’être l’objet de marchandages financiers par ses dirigeants, qui ont cherché au plus offrant entre les occidentaux et la Russie, en échange d’un rapprochement économique et politique.

Toujours selon notre source, le mouvement de protestation devrait faiblir, car il n’a pas trouvé de canaux de transmission dans le système politique institutionnel. (Échec de la motion de censure à la Rada). Toutefois Yanoukovitch (le grand guide Ukrainien) a probablement grillé ses chances d’être réélu l’année prochaine, et parait-il que c’est une excellente nouvelle, parce que négocier avec un homme, qui par le passé a commis des vols et des agressions sexuelles, et n’a pas changé de méthode depuis, n’est pas une simple affaire.

Les occidentaux feront tout pour que la Russie ne puisse pas jouer les trouble-fête. Ils refusent l’idée qu’une union autre que l’Union Européenne puisse exister dans la région. L’URSS, ça n’a pas marché, pas grave, les Russes remettent le couvert avec l’Union Eurasiatique. Ils n’ont pas froid aux yeux, et sont prêts à être sur plusieurs fronts à la fois : l’Iran, la Syrie et l’UE. Poutine vient de sauver l’Ukraine de la faillite. Ne pourrait-il pas faire de même avec la Hongrie, dont la nouvelle constitution a mal était accueillie par l’Union Européenne, qui la menace désormais de sanctions ?

À notre époque, les réalités géographiques sont remises en cause ; pourquoi les pays non-limitrophes avec la Russie ne pourraient pas intégrer l’Union Eurasiatique, tout comme la Turquie, qui est en pourparlers avec l’Union Européenne ?

Soyons allumés, soyons loufoques, osons le changement, et qu’ainsi la France demande son intégration à l’UE de Moscou. Croyez-moi, on s’en sortirait à meilleur compte. Parce qu’aujourd’hui, ceux qui font dire de grandes prières au nom de la démocratie, sont également ceux qui instaurent de nouveaux dictats. C’est au nom de la nouvelle morale que l’on abat les obstacles à l’avènement d’un nouvel ordre, et que le relativisme devient une dictature qui cache mal l’agressivité de son visage. Bref, il y a ceux qui parlent et il y a ceux qui trinquent. Il a les gentils et les méchants. Il y a l’Occident et la Russie.

  • Syndie

    Les Ukrainiens sont ni pro-russe ni pro-européen!!!