Date de publication : 24.12.13 Imprimer
(R)Allumezzz le feuuu !

(R)Allumezzz le feuuu !

Pompier. Un métier adulé par les enfants mais boudé par les adultes. Pourtant, les besoins augmentent. Plein feu sur un phénomène alarmant.

 

Moi, quand les pompiers débarquent j’arrête de respirer et je fais le mort. Comprenez-moi bien, c’est pas pour ouvrir les yeux en plein bouche à bouche en criant ‘surpriseeeee je suis gay’ ou  parce que ca me ferait de la peine qu’ils soient venus jusque chez moi comme ca, pour rien. Non c’est beaucoup plus prosaïque, et aussi beaucoup plus lâche. C’est juste que je sais que si j’ouvre la porte je vais me retrouver en moins de deux à devoir payer 10 euros un calendrier dont je n’ai mais strictement rien à foutre (comme toute personne âgée de moins de 75 ans) et qui par conséquent risquerait fort de finir au feu (juste retour des choses) si seulement mon 5m2 parisien avait une cheminée. Et puis tout ça attention, s’il vous plait, avec un grand sourire de leur part et un beau merci du mien. Eh oué, je suis comme ca moi, quitte à me faire entuber autant le faire avec amabilité. C’est mon côté jésuite sans doute.

 

Pourtant j’avoue, j’en ai rêvé aussi sur les bancs de l’école du vêtement ignifugé, de la lance à incendie, et surtout, du camion rouge qui fait pinpon à toute allure dans la rue. Mais bon, à cette époque, je vivais à Epinal (véridique !). J’y ai laissé toutes ces belles images, aujourd’hui jaunies et écornées.

 

Le pire, c’est que je ne suis pas le seul à avoir enfoui ces rêves de gosses. Les effectifs de pompiers ne cessent de baisser en France depuis près de dix ans. Surtout parmi les volontaires : – 15 000 depuis 2004, selon un récent rapport du ministère de l’Intérieur. Et cela alors même qu’ils représentent 78% des pompiers de l’hexagone et que dans le même temps, les interventions augmentent (4,2 millions  en  2012, une toute les 7,4 secondes en moyenne).

 

Alors que se passe-t-il ? Pourquoi plus personne ne fantasme sur le métier de pompier ? La crainte de mourir sur le terrain ? Certes les risques sont là mais le nombre annuel de décès en exercice a nettement diminué ces dix dernières années (de 145 en moyenne entre 1997 et 2004 à 98 entre 2005 et 2012). Non le problème est ailleurs.

 

Engagez vous qu’ils disaient !

 

Pour en savoir plus, j’ai parlé à Nicolas, sapeur pompier professionnel depuis 14 ans en région parisienne. Il évoque deux phénomènes : primo, peu de gens souhaite entrer dans les rangs et secondo… beaucoup les quitte. Surtout les jeunes volontaires. Or un quart des effectifs a moins de 25 ans…. Ah, c’est clair, dérouler un tuyau en entraînement, monter à l’échelle, éteindre un feu allumé par ses propres soins, sans stress, c’est facile ! Réanimer un pote qui joue la victime, c’est facile ! Mais désincarcérer un vrai gosse dans le coma, sauver coûte que coûte les derniers survivants d’un incendie, ca l’est nettement moins…Et puis, même avec un peu d’expérience, on peut vite jeter l’éponge, finir blasé. Ras le bol de ne recevoir aucun remerciement après une intervention. Ras le bol de voir des doigts d’honneur quand le véhicule de secours grille la politesse, sirène hurlante. C’est vrai, les morts peuvent attendre.

Etre pompier demande une motivation chevillée au corps, une volonté sans faille. Il faut s’engager et s’y tenir. Un peu comme pour le mariage. C’est sans doute là qu’est le cœur du problème (l’engagement, pas le mariage). Il est si facile de se complaire dans un discours enflammé sur la solidarité, la générosité, les valeurs…Ou sur la perte de ces valeurs. Mais agir, perdre mon confort, réduire mon temps libre, c’est autre chose. Ouais, ça me plairait de venir en aide aux gens, et blablabla … pourvu que j’ai mes week-ends et un bon chèque à la fin du mois ! Mais une énième leçon de moralisme (c’est pas bien) ou de sentimentalisme (c’était mieux avant) ne changera pas grand-chose. Car le problème est plus profond : l’individualisme, de politique est devenu culturel, voire structurel. L’intérêt personnel efface l’intérêt commun, le bien privé écarte le bien public.  Si « être homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde » (Saint Exupéry) : alors il est fini le temps des cathédrales. L’échec du service civique en est d’ailleurs une autre patente illustration. Entre servir et se servir, le monde a choisi. On connaît ses droits, on oublie ses devoirs.

 

« Aimer ou Mourir »        

                                                                                                            

Nico, lui, n’a pas fui ni ses devoirs ni ses camarades. Pourtant il en a bavé, à ses débuts, à 18 ans. «J’ai dû prouver de quoi j’étais capable. J’ai été traité comme un moins que rien. Tout le temps mis à l’épreuve. Pour les autres, je ne savais pas ce que c’était d’avoir baroudé, d’avoir fait un feu, d’avoir fait un pendu, d’être allé aux putes au bois de Boulogne. » Non, même s’il avait le feu au cul, Nico est resté à la caserne, est monté en grades, a même transmis sa flamme aux plus jeunes. Il y a quelque temps, il était encore formateur à la Compagnie Secouriste Sainte-Barbe. Une école de vie pour jeunes sapeurs âgés de 12 à 18 ans où la capacité d’engagement se nourrit des valeurs chrétiennes : leur slogan, « aimer ou mourir » en est une belle illustration…et dessine le programme de ce que doit être une vie véritablement chrétienne. Parce que notre société, notre monde a besoin d’hommes, droits dans leurs bottes, leurs Vans ou leurs Westons, prêts à vivre leurs convictions, quoi qu’il en coûte. Et aussi à sonner à ma porte… quoi qu’il m’en coûte.