Date de publication : 29.04.13 Imprimer
Mariage gay : du combat de la rue au combat spirituel

Mariage gay : du combat de la rue au combat spirituel

L’heure est grave. Le « mariage pour tous » a été adopté au parlement, nos gouvernants se montrant sourds aux milliers d’opposants qui manifestent dans la rue depuis près de six mois. Cela irrite. Les passions se déchaînent sur le web. Mais le vrai combat se situe-t-il ici ?

 

Les réseaux sociaux exacerbent les passions. Combien de fois me suis-je emporté ces dernières semaines à la vue de mille et un posts sur le « mariage pour tous » ? Facebook, Twitter, Youtube, les blogs… autant de média qui m’ont certes permis de m’instruire sur cette affaire mais qui m’ont également emporté dans une vague impétueuse de colère, de mépris voire de haine vis-à-vis de mes détracteurs. N’ai-je pas eu envie d’en découdre avec les CRS, si bêtes fussent leurs ordres ? N’ai-je pas été emporté par cet élan spontané et généreux quoique irraisonné de donner ma vie jusqu’à la dernière goutte de sang pour sauver mon pays, ma patrie ?

Ah, j’aimerais bien qu’Hollande m’écoute. Qu’il fasse marche arrière. Qu’il demande à Ayrault de remanier le gouvernement, qu’il dissolve l’Assemblée Nationale, qu’il démissionne. Hélas, ça n’est pas si simple. Hélas, la rue, et encore moins les réseaux sociaux, ne font vivre à eux seuls la démocratie.

 

« Range ton épée »

Où est le vrai combat ? Peut-être d’abord sur la montagne, en hauteur, seul, vraiment seul. Sans mon smartphone, ma tablette ou mon PC. Sans mes amis et ma famille, sans toutes les discussions incessantes sur le mariage gay qui les accompagnent. Seul.

A l’image du Christ, qui gravissait les collines et les monts de la Terre promise pour s’entretenir en silence avec son Père.

Oui j’avoue, je me sens bien dans la peau de l’apôtre Pierre, qui dégaine son épée et tranche l’oreille du serviteur du Grand Prêtre pour défendre son maître. « Remets ton épée au fourreau. Est-ce que je ne peux pas boire la coupe que mon Père m’a donnée ? », lui rétorque pourtant Jésus sans s’emporter (Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, 18,11).

 

Un appel au désespoir ?

Parfois, je me retrouve également chez tous ces pharisiens qui s’étaient forgés l’image d’un messie tout-puissant venu sauver le peuple élu du joug romain et s’installer à jamais sur le trône de David à la place de l’Empereur. « Ma royauté n’est pas de ce monde », disait pourtant Jésus à Pilate (Jean 18, 36).

Je me reconnais aussi dans la figure des apôtres qui, désespérés, ont abandonné Jésus quelques heures avant sa crucifixion, chacun repensant à reprendre les affaires comme auparavant, avant ces trois dernières années de parenthèse avec celui qu’ils croyaient être le messie. Un seul est pourtant resté au pied de la croix, dans les bras de la Vierge Marie. Ont-ils crié leur haine alors qu’un glaive leur transperçait le cœur ? Se sont-ils jetés sur la croix pour libérer le Christ ? L’ont-ils défié de « se sauver lui-même et eux avec lui » (Luc 23,39) ? Non. Ils sont restés debout, silencieux, contemplant celui qui « rend témoignage à la vérité » (Jean 18, 37).

 

Vivent les veilleurs

Là est aussi ma place. Tel « un veilleur qui guette l’aurore » (Psaume 129). « Priez pour ne pas entrer en tentation » (Luc 22,40). Le veilleur ne fait pas que veiller pacifiquement sur une pelouse, une bougie à la main. Il guette aussi l’aurore sans être tenté par l’abattement, la provocation ou la haine. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 23,34). Le veilleur attend ce jour où la pierre du tombeau aura été roulée. Il espère. Non pas des jours meilleurs, à se tourner les pouces en attendant. Il espère le salut ici et maintenant en église. « Là où deux ou trois se réunissent en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Matthieu 18,20).

Oui, je ne lâcherai rien. Pas dans la posture de l’apôtre Pierre, des autres apôtres ou des pharisiens. Je continuerai mon combat dans la peau du veilleur au Golgotha, chez moi, dans la rue ou sur le web, avec toute l’Eglise du ciel et de la terre, jusqu’à ce que se lève l’aurore de la Résurrection. Là et seulement là, bien que blessé et transpercé, mon cœur goûtera une paix indicible, loin des passions qui se déchaînent sur les réseaux sociaux mais au cœur de la Passion du Christ, la seule qui mérite d’y communier.