Date de publication : 01.04.13 Imprimer
La Nausée

La Nausée

J’ai la nausée.

Vous savez, cette envie irrépressible de vomir.
Comme lorsqu’on est agressé par les odeurs nauséabondes d’une flaque jaunâtre et consistante laissant apparaître les restes à moitié digérés du dîner.

Comme lorsqu’on met ses deux doigts bien au fond de la gorge pour recracher son repas.

Comme lorsqu’on se retrouve à genoux en sueur, les mains cramponnés à la cuvette des toilettes, prêt à cracher sa bile.

 

J’ai la nausée.

Vous savez, cette sensation de dégoût insoutenable, ce sentiment de profonde répugnance.

Comme lorsque les forces de l’ordre gazent des enfants « échappant aux organisateurs » et encartés dans « des groupes d’extrême droite » bien entendu.

Comme lorsque des familles rassemblées dans le calme se font passer pour des fascistes révolutionnaires, des jeunes par centaines de milliers pour des « jupes plissées et serre-tête » réactionnaires.

Comme lorsqu’on prend 1,4 millions de personnes ou même 300 000, excusez du peu, pour une « poignée d’individus ».

Comme lorsqu’on est sourd à ce point aux revendications de millions de familles de la France profonde s’étant levées un dimanche à 3h du matin pour regagner leurs pénates parfois 24h plus tard, quelques heures à peine avant de reprendre le chemin de l’école.

 

J’ai la nausée.

Vous savez, ce fameux livre de Jean-Paul Sartre.

« Je n’avais pas le droit d’exister », écrivait-il. « J’étais apparu par hasard. J’existais comme une pierre, une plante, un microbe. »

Si nous étions des pierres, nous serions alors des pierres vivantes que personne ne pourrait plus jamais chambouler.

Si nous étions des plantes, nous serions des plantes voraces qui ne cesseraient jamais de défendre la famille, le couple, les enfants et la démocratie.

Si nous étions des microbes, nous serions alors des microbes tenaces qui ne laisseraient plus jamais tranquilles leurs adversaires tant qu’ils n’obtiendraient pas gain de cause.

Car après la nausée vient le soulagement, non sans peine. Après l’hiver vient le printemps, non sans un coup de froid tardif. Après les paroles désabusées viennent aussi les paroles d’espérance, même sous la plume de Sartre :

 

« C’est par paresse je suppose que le monde se ressemble d’un jour à l’autre. Aujourd’hui il avait l’air de changer. Et alors, tout, tout pouvait arriver. » (La Nausée, 1938)

  • Haurteau d’Affre

    1,4 million ça ne fait qu’un million et 400 mille…