Date de publication : 29.04.13 Imprimer
Avis de décès

Avis de décès

L’Europe est morte. Quand ? Les avis divergent. Dans une interview vidéo (1), Michel Onfray penche pour le début du siècle dernier, à l’occasion de la grande guerre. Ce n’est pas idiot. On a mis un peu de temps à s’en apercevoir, voilà tout. D’ailleurs, tous ne le savent pas. Nos braves technocrates bruxellois ne veulent pas se rendre à l’évidence et malgré un petit siècle d’arrêt cardiaque ils s’obstinent à vouloir réanimer un cadavre. Ils tentent, par leurs constructions artificielles, de donner un second souffle au vieux continent. Mais ne nous y trompons pas. Les soubresauts qui parcourent encore son échine ne sont rien d’autre que les effets combinés du défibrillateur et de l’assistance respiratoire. L’incroyable quantité d’énergie qu’ils déploient pour ce qu’ils appellent – avec une prétention inouïe – la construction européenne est d’ailleurs le signe le plus manifeste de la vanité de l’entreprise. Nul besoin de construire quelque chose qui est bien vivant…

 

L’Europe est morte, mais quelles sont les causes de sa mort ? Le nihilisme ? Le technicisme ? Le marxisme ? Le capitalisme sauvage ? Sans doute un peu de tout cela à la fois. Il est d’ailleurs frappant de voir à quel point la loi sur le mariage pour tous concentre les effets de ces quatre idéologies, pour ne nommer que celles-là. Dévaluation des valeurs, réduction de l’homme à un matériau de laboratoire, destruction de la famille (2), ouverture de nouveaux marchés (GPA) à tout prix…

 

Il est clair que l’examen de chacun de ces courants constitue une clé d’analyse extrêmement efficace pour comprendre les causes du déclin européen. Néanmoins je pense qu’il est possible de tout ramener à une posture idéologique plus fondamentale. Celle qui fait de l’homme un être sans Dieu. A ce compte, sans préjuger de la date de décès de l’Europe, on pourrait néanmoins donner l’année 1486 comme premier symptôme du cancer qui la tua. Cette année fut rédigé l’Oratio de hominis dignitate – le discours sur la dignité humaine – par Jean Pic de la Mirandole. Dans cet ouvrage qui peut être considéré comme un des piliers de l’humanisme naissant, l’homme est défini comme « créateur de lui-même ».

Et c’est exactement ce qui préside aux idéologies actuelles, tout particulièrement celle qui entend faire du genre une réalité non seulement distincte, mais encore totalement indépendante du sexe. Si le donné biologique ne correspond pas au choix de l’individu, celui-ci doit pouvoir le changer – et en plus c’est remboursé (3). Privé de toute référence transcendante, l’homme n’est plus déterminé que par lui-même, il devient la mesure de toute chose. Quelles limites pourrait-il fixer à ses désirs ?

 

Bref, l’Europe est morte de s’être privé de Dieu, du Dieu chrétien naturellement. Je le reconnais, le constat n’est pas nouveau. Mais peut-être devrions-nous y penser un peu plus avant d’essayer de défendre nos points de vue par le seul recours à des arguments-laïcs-et-non-confessionnels. Bien sûr, comprendre que permettre l’adoption par des homosexuels est absurde ne relève que du bon sens, pas de la foi. De même pour l’avortement (qui est autrement plus grave !), et de même pour… l’existence de Dieu. Mais avec la pauvreté intellectuelle du monde contemporain, ce genre d’argument a-t-il une réelle portée ?

 

Lorsque l’Eglise proclame qu’il existe une loi morale naturelle, elle signifie qu’il existe des vérités sur l’homme qui sont accessibles par la raison seule (et non qu’il faille déduire une morale de l’observation des plantes et des animaux). Mais l’Eglise proclame également que la corruption du péché – renforcée par quelques siècles de déchristianisation – fait que nos consciences sont obscurcies. Or la foi est le remède le plus efficace à cet obscurcissement (4). Et à mon avis cet obscurcissement est tel que ceux qui s’évertuent à penser que la loi morale naturelle peut être défendue par la seule puissance des arguments-laïcs-et-non-confessionnels ressemblent furieusement à ces gentils technocrates bruxellois. Autant mettre un macchabé sous perfusion.

 

L’Europe est morte, la civilisation européenne est morte. La réanimation, qu’elle soit politique ou philosophique, ne fonctionnera plus.

Un seul espoir, la résurrection. Un seul moyen, l’annonce explicite de l’Evangile.

 


1. Voir l’interview réalisée par Jean Cornil, à partir de 5 min 43 pour le sujet qui nous intéresse.

2. L’expérience m’a prouvé qu’il n’était jamais inutile de rappeler que l’abolition de la famille est l’un des objectifs principaux des communistes.

3. Le dernier paragraphe de cet article est particulièrement clair.

4. Sur ce sujet important voir cette excellente feuille.