Date de publication : 08.11.12 Imprimer
Syrie: La poutre européenne contre la paille russe

Syrie: La poutre européenne contre la paille russe

SYRIE : ce mot suscite un double réflexe pavlovien.
1) c’est un scandale ! 2) les Russes sont des vilains !
Sur ce second point, notre réflexe pavlovien semble s’atténuer, ouvrant la voie à un accord international pour arrêter le bain de sang.

 

Scandale, scandale de notre impuissance. Comment aider les Syriens, qui s’entre-déchirent depuis plus d’un an ? (l’ONU recense plus de 20 000 morts en Syrie depuis mars 2011) Les trois vetos successifs de la Russie au Conseil de Sécurité empêchent toute intervention étrangère dans le respect du droit international. Quand bien même les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité et la ligue arabe s’entendraient pour intervenir, il serait pourtant difficile de déterminer les modalités de cette opération, tant la région est une poudrière, tant les guerres en Irak et en Afghanistan ont rendu prudents les Occidentaux, tant surtout l’opposition syrienne est divisée, rendant délicat un processus de transition. A Paris le 31 octobre pour rencontrer son homologue Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. Serguei Lavrov, a insisté sur cette difficulté à trouver des interlocuteurs représentatifs dans l’opposition. Ce même M. Lavrov surnommé « Monsieur Niet », ce qui en dit long sur la vision manichéenne véhiculée dans les médias, sentant bon la Guerre froide, la Russie étant du côté des forces du mal, comme d’habitude.

 

Vilains, vilains russes. Mais en rejetant la faute sur la Russie, en cherchant à tout prix à la convertir à notre regard, ne sommes nous pas aveuglés par la poutre dans notre œil ? Cette poutre qui nous cache :

  • La confiance russe trahie en Libye, par l’outre-passement du mandat de la résolution 1973 du Conseil de Sécurité,
  • La peur russe d’une déstabilisation sunnite radicale en son propre territoire, déstabilisation dont nous serions les premières victimes si elle se réalisait, car elle couperait le cordon énergétique entre la Russie et l’Europe qui maintient en vie notre économie.

Certes, les Russes sont de mauvaise foi, en particulier lorsqu’ils prétendent que Bachar El Assad est toujours légitime au pouvoir. Néanmoins, la vision russe (le régime va durer, la transition doit venir du peuple, et non de pays étrangers) est confortée par l’évolution de la situation. Si nous voulons faciliter un retour à la paix, il nous faut donc admettre ce regard russe sur la Syrie, et composer avec le principe de réalité, au lieu d’exiger candidement le départ du président syrien.

 

C’est ce qui semble se profiler, à en juger par la position plus ouverte de Laurent Fabius lors de son dernier entretien avec M. Lavrov, qui, sans nier les divergences, a mis l’accent sur les points de convergence entre la France et la Russie.

Vidéo du point de presse des ministres

  • Anael

    « Certes, les Russes sont de mauvaise foi, en particulier lorsqu’ils
    prétendent que Bachar El Assad est toujours légitime au pouvoir. » J’aimerais
    bien savoir ce qui vous permet de dire cela. N’aurait il pas été élu
    démocratiquement par un référendum qui s’est tenu le 10 juillet 2000 ? Demandez
    donc à de vrais Syriens ce qu’ils en pensent et non aux médias mainstream..
    Dommage, votre article commencait bien.

    Pour info on écrit Libye et non Lybie..

    • Admin

      Merci Anael d’avoir relevé la coquille sur le mot « Libye ». C’est corrigé !

    • Mathilde Cockenpot

      Bonjour Anaël,
      En effet, lorsque je sous-entends que Bachar n’est plus légitime au pouvoir, j’émets simplement une opinion personnelle, sujette à débat. Par souci de concision, je n’ai pas argumenté mon propos, et je te remercie de m’en donner l’occasion.

       Je pense que l’une des missions premières d’un gouvernement est d’assurer la sécurité de sa population. En cela, oui, je m’inscris dans la pensée « mainstream », la doxa française sur la « responsabilité de protéger ». Or, peut-on encore affirmer que le pouvoir syrien remplit ce rôle ? Certes, il est aussi de la responsabilité d’un chef de l’Etat de combattre les mouvements criminels qui cherchent à déchirer le pays. Mais le pouvoir n’a-t-il pas, sous prétexte de lutter contre les rebelles, volontairement et au-delà du nécessaire tué des innocents?

  • Sarah Guilcher

    Intéressant de voir à quel point la Russie est encore ancrée dans la ‘religion séculaire’  qui est propre a son XXème siècle totalitaire, une religion opposée aux religions instituées…quoi qu’il en soit merci pour cet éclairage sur les raisons géopolitiques qui ont poussé la Russie à voter contre une intervention occidentale en Syrie. Quelle analyse fais-tu du comportement de la Chine face à ce sujet?

    • Mathilde Cockenpot

      Salut Sarah !
      La Chine, comme de coutume, s’aligne sur la Russie au Conseil de sécurité. La Chine accorde la primauté au principe de souveraineté sur celui de responsabilité de protéger. Ainsi, le conflit syrien est interprété comme un conflit interne, aucun Etat étranger n’a le droit de s’immiscer dans ce qui relève de la compétence de la Syrie seule, et ce même si une crise humanitaire se profile. Cette position souverainiste s’explique en grande partie par les défis auxquels la Chine est confrontée au Tibet (et la Russie en Tchétchénie), région qui revendique son indépendance. Reconnaître l’opportunité d’une intervention internationale en Syrie créerait un précédent dangereux  en cas de troubles accrus au Tibet.

  • S Adel

    J’etais  En Syrie , Je Viens De Rentrer , j ‘ai  Constaté Que Le President Syrien Bachar Al Assad Est Populaire , plus de 75% des Gents Que j’ai rencontré sont persuadé que C’est Complot Contre La Syrie , La Turqui + Arabie Saudi+Quatar Finance les Salafistes  pour destabiliser la Syrie, Attentant Visse La population , Vise Les Militaires Qui Sont en Majoritaire Des Appellés
    Au Depuis C’etait  une Révolte le Régime Maintenant La Syrie Est Visé,  

    Ahmad

    • Mathilde Cockenpot

      Ahmad, bonsoir!

      Il est vrai que notre vision du conflit, et du soutien populaire dont bénéficie le pouvoir syrien, sont parcellaires. Nous sommes extérieurs au conflit, et dépendants des médias pour nous informer. Sans remettre en cause ta connaissance de la situation, comment être sûr que les personnes que tu as rencontrées (dont 75% soutiennent Assad) sont représentatives de la population ?
       Il est vrai aussi que l’équilibre régional pourrait basculer suite à un changement de régime en Syrie, d’où les enjeux internationaux de la crise syrienne. . Sans être dupe sur les motivations de chacun (pour l’Arabie saoudite et ses alliés sunnites, affaiblir l’Iran chiite), il faut cependant rester méfiant vis-à-vis de toute théorie du complot.