Date de publication : 22.10.12 Imprimer
Train de Vie : « Plus d’place, prenez le suivant »!

Train de Vie : « Plus d’place, prenez le suivant »!

 

La rengaine est la même à chaque nouvelle estimation de population : nous sommes trop nombreux ! Enfin, moi ça va, mais vous êtes trop nombreux (1) !

Terra Nostra prend dans l’imaginaire écolodramatique  des airs d’ascenseur de bureau à la pause-cigarette – un wagon du RER A à 17h un vendredi… « Ok ca monte, ok ca roule, mais on est quand même trop …et puis vous me marchez sur le pied. »
Le problème c’est qu’il n’y avait pas d’indication de capacité lorsque la planète nous a été remise clefs-en-main (Job 38 : 5). Ici c’est surpeuplé, le jardin d’Eden c’était quand-même plus sélect’ !

 

Peur égoïste d’un espace fermé en proie à des luttes pour ses ressources (2) qui en appelle invariablement à l’argumentum ad consequentiam d’une Terre qui ne tiendra plus longtemps. Le monde est immense, mais pas assez pour vous ! Non pas parce qu’il y a un risque que les nouveaux nés ne puissent jouir de conditions de vie decentes, mais à ressources limitées, espaces finis et population en croissance, ne craindrions-nous pas plutôt de devoir moyenner les nôtres à la baisse ?

Dès lors, la tentation est grande pour certains, dans nos sociétés occidentales ayant poussé la raison jusqu’à l’extrême de sa rationalisation, de vouloir contrôler la vie, organiser son apparition. Finalement la voilà peut-être la solution pour sauver une planète croulant sous les masses affamées, destructrices et polluantes : que les femmes et les hommes renoncent « librement » à cette envie d’avoir des enfants (3). Il a été dit ailleurs – et c’est d’actualité – qu’il n’y a pas de droit à l’enfant. Encore basé sur ce que nous pensons être matériellement acceptable pour ces vies à venir, si les droits de l’enfant priment sur le droit à l’enfant, alors partant du principe que l’on ne pourra pas l’accueillir dans des conditions que l’on juge optimales, c’est œuvrer en son droit que de refuser le notre en choisissant de ne pas l’accueillir du tout. C’est mathématique, imparable …suicidaire. « Allez voir ailleurs, ici c’est complet ! »

D’aucun soutiendront qu’il y a de toutes façons bien assez d’enfants malheureux à adopter sur Terre et que les couples seraient bien inspirés de s’occuper de l’existant avant de vouloir aggraver la surcapacité.

 

A suivre cette logique plus largement, on chosifie la vie. Elle n’est plus un don que l’on accepte dans son mystère mais une composante de renouvellement purement utilitaire. Elle n’est plus un trésor à protéger pour ce qu’elle promet, mais une valeur pour ce qu’elle apporte et dont il faut rationnaliser et maximiser l’utilité économique et sociale : une Variable d’Intérêt Economico-écologique !
Il faut avoir assez de vie pour remplacer les vies déclinantes, mais pas trop pour rester à l’équilibre.
Alors sauvons la planète, mais qui décide de combien nous pouvons être ? Et comment ? La Main-Invisible d’A. Smith ?

La vie ne peut pas devenir une donnée quantifiable et économiquement …viable, sans quoi sa rentabilité interdirait de sauver les accidentés, de guérir les malades, ou de protéger les plus faibles. Ceux sont des logiques d’amélioration de cheptel que l’on utilise à l’extrême pour élever le bétail et qui priverait l’Homme de toute la beauté humaine qu’il y a dans sa fragilité. Et c’est en cela que ce « planning familial » s’inscrit dans un mouvement plus large qui veut pénaliser ce qu’il croit être l’obsolescence d’une vie (euthanasie), sa non-conformité (diagnostic prénatal) ou sa non-planification (avortement).

 

Voilà que s’opposent deux conceptions de l’écologie : l’Homme fut-il créé pour la Terre ou la Terre pour l’Homme et quand bien même la Terre devrait-elle être « sauvée », peut-elle l’être aux dépens de ce dernier ? Seule créature consciente capable d’éprouver sa faiblesse, il implique par son cogito ergo sum que la Terre fut ordonnée pour lui (4) car il est le seul à pouvoir la penser.

Aussi à transformer la vie en variable d’ajustement l’Homme ne risque t-il pas d’être la seule espèce à s’abaisser en voulant s’élever elle-même ?



(1) Encore la faute des « Chinois de Chine »

(2) Relire Le Camp des Saints de J. Raspail

(3) C’est une manie, à croire qu’ils sont là pour croitre et se multiplier.

(4) Isaïe 45 :18

 

Crédit photo :  Life by meralsarioglu 2012