Date de publication : 11.10.12 Imprimer
L’oreille tendue d’Un Autre Regard sur Mister Renard

L’oreille tendue d’Un Autre Regard sur Mister Renard

 

« C’est pas l’homme qui prends la mer …. », la chanson était pourtant claire !

Finalement, c’est pourtant bien l’amertume qui a pris notre homme … celle dont on remplit des tonneaux.

 

C’était inévitable, tôt ou tard le Docteur Renaud allait renouer avec Mister Renard. Il y revient toujours et jette depuis ses S.O.S dans toutes les bouteilles-à-l’amer qu’il vide.

Dernière tournée à la voix éraillée, nouvel album suspendu, carrière écrite à cheval entre le succès public et le drame privé et voilà que les tableaux hideux de la critique fleurissent dans les colonnes des tabloïds.

Alors d’un chanteur qui avait de la bouteille, on a fini avec un chanteur qui est rentré dedans … une, puis deux, puis trois… puis trop ! Sa chute a éveillé une bienveillante pitié chez tous ceux qui l’ont entouré et soutenu. Mais Mister Renard veille à mordre la main que l’on tend à Renaud.

Une femme a épousé ce couple et a essayé tant bien que mal. Un temps il y a eu, contre Mister Renard, une louve infatigable qui couvait le vieux « fatigué ». La louve cependant a lâché prise, rongée par un mal dont elle ne percevait pas la profondeur ; on ne guérit pas un alcoolique malgré lui !

Le show-bizz laisse ‘béton ; la presse s’est perdue en conjectures : Combien de temps jusqu’à ce que l’étincelle magnifique embrase à nouveau son cœur de poète ? et combien de temps pour qu’il échange les vers qu’il avait si faciles contre de nouveaux verres ? Pourtant il est reparti dans le sud pour s’arrêter de boire.

 

Au-delà de l’indécence qu’il y a à vouloir juger d’un homme que l’on ne connait finalement que par ses chansons, il n’en reste pas moins que l’on parle de Renaud : le bobo anti-bobo, le faux blouson noir, le vrai gaucho devenu révolté des salons parisiens.

Parolier « énervant » par son verbe innervé, poète aux rimes enivrantes et aux rythmes énervés, Renaud a cela de vrai qu’il a vu et chanté ses propres contradictions avant tout le monde (1).
Incassable non, inclassable sans doute. Chantant parfois des paroles vraies sur des airs faux (et souvent l’inverse !) Renaud doit finalement se comprendre, non pas avec un autre regard, mais plutôt une autre oreille – une ouïe a laquelle on ne sait pas dire non !

Laisse béton, Morgane de toi, Dès que le vent soufflera, Marche à l’ombre et Mistral Gagnant : elles ont toutes fait chanter un jour les plus à droite de nos oncles et nous également. Nombreux sont ceux qui, malgré les engagements de Renaud en contradiction avec une bonne partie des leurs, gardent une indulgence particulière pour ce crâneur sensible, ce zonard chanteur.

 

Le vent re-soufflerait, c’était attendu ! Mais justement, il n’a pas attendu qu’on lui rechante sa chanson… il est reparti, tout seul … avec son autre. Il n’est rien du Docteur Renaud sans Mister Renard ; l’alcool que boit l’un mange tout de l’autre !

Notre poète a un cœur gros où il puisait des textes vrais, mais écorché par la disparition de ces vieux amis, par une réussite qu’il n’a pas assumée et ses séparations, il n’a pas résisté au chant de la mélancolie alcoolisée.  De son propre aveu, il s’est enfermé dans ses souvenirs et y a perdu son gout pour l’écriture, son inspiration : le mordant du vent qui devait souffler a laissé sa place à la brise nostalgique et douce d’un Mistral Gagnant (2).

Il a sombré et du chanteur « révoltant », Renaud nous laisse une épave noyée à Vingt mille lieues sous l’amer. Mais toutes les épaves renferment des trésors qui attendent qu’on les fasse remonter. Il savait, avec toute sa vulgarité poétique, attirait l’attention d’un monde sur la fragilité d’un autre.

Allez Renaud, « laisse pas béton » ! Toi, disciple de St-Pierre (3), qui faisait danser la soie sur la rivière Sorgues, tu sais mieux que tous tes critiques que la vie, comme la pêche à la mouche, est un enchainement infini de possible ; une raison sans cesse renouvelée d’espérer.

Tu l’as chanté : « Tant qu’il y aura des ombres (4) », tu pourras pêcher et tant qu’il y a des ombres… c’est qu’il reste de la lumière. Elle ne part jamais !

Dès que les vent tourneront, nous nous en allerons …avec toi !



(1) Docteur Renaud – Mister Renard – 2002

(2) Madeleine de Proust de Renaud Séchan – bonbon oublié

(3) Renaud partage avec votre serviteur une passion pour la pêche à la mouche.

(4) Chanson de Renaud sur la pêche à la Mouche : l’ombre (Thymallus thymallus) est un poisson.

  • la kali

    Merci pour ta prose (!) qui m’a donné envie de ré-écouter la voix rocailleuse et insolente de ce vieux loubard hypersensible,  dont j’aime tant la franchise et la gravité!

    Pierrot mon gosse mon frangin mon poteau mon copain tu m’tiens chaud…Pierrot…qu’tu sois fils de princesse ou qu’tu sois fils rien, tu s’ras fils de tendresse, et tu s’ras fils de rien…

    Bonne nuit les ‘potes’ !!

    • Maxime Dallant

       Je me reconnais très peu dans ses engagements (notamment son anti-militarisme acharné) mais je reconnais qu’il était doué comme chanteur.