Date de publication : 03.05.12 Imprimer
Saints-Syriens : à genoux les «Homs», debout les Opprimés !

Saints-Syriens : à genoux les «Homs», debout les Opprimés !

Elle est mal engagée la litanie des saints Syriens, voilà qu’ils se détruisent pour vaincre ! Ce n’est plus Paul de Tarse sur la route de Damas, ni Saint-Jean Damascène en son pays, c’est un al Assad haï et des islamistes qui entrent en scène ! La Syrie : le mot est sur toutes les lèvres et si rien n’est fait, c’est les Syriens qui le seront.

 

A  la pause de 10h, les plus cyniques de nos collègues de bureau trouveront dans toute cette histoire un excellent moyen de réviser la géographie du Proche-Orient et l’orthographe alambiquée de ses dirigeants.  Entre 2 déca’ « validés-commerce-équitable », les deux Bisounours de la compta [1] se gargariseront en pléonasmes bien pensés sur ces « atroces tueries » qui ne font que des « victimes innocentes » et in fine, tout le monde retournera travailler avec l’impression de soutenir ceux qu’il faut soutenir. Mais, les gens se lassent  et pour cause, le cessez-le-feu n’a de cesse de cesser. La Doxa journalistique nous ressert chaque matin ses morceaux-de-bravoure prédigérés dans le 20minutes du jour – bréviaire du manager pressé et catalogue de publicités généreusement abandonné dans le RER par la « France-qui-se-lève-plus-tôt ».

 

Le quotidien de nos Quotidiens se partage entre simulacres d’apaisement et bombardements du « petit peuple » de Homs; on ne fait pas d’ Homelette sans en casser deux…ou trois : c’est le feuilleton du moment !

 

Damas, à bout de souffle, s’achète du temps de répit à grands coups de vœux-pieux, et l’international Ban Ki-Moon lui fait même crédit. Le plan Annan est tout juste ficelé que l’on compte de nouvelles victimes par dizaines et déjà les premiers attentats terroristes à Damas (qui pour beaucoup sont à imputer au régime en place, sur la seule base d’un Is fecit cui prodes). Alors tant bien que mal, en ménageant la Chine et la Russie, on échelonne l’envoie de 300 observateurs [2].  Outre la dénomination quasi-cynique de ces arbitres sans sifflet, on note l’innocence feinte de l’ONU qui envoie 300 Casques-bleus sans mission définie, sans matériel [3] et sans engagement de Damas quant aux modalités de leur déploiement.

 

Ce qui étonne dans cette affaire, c’est la façon dont le sujet est traité médiatiquement. S’il a été décidé d’envoyer des observateurs, c’est autant pour garantir l’intégrité physique des populations civiles que pour l’objectivité des conclusions qui doivent être tirées sur le conflit. Et pourtant, la série Syrienne est relatée de manière très uniforme par des médias occidentaux qui, de leur propre aveu, n’ont pas même accès au terrain. Pour le salut de l’homogénéité des révoltes, les raccourcis journalistiques nous placent la Syrie dans la logique des Printemps Arabes… en oubliant qu’avant même de se soulever, la Syrie est un Etat du Levant.

 

Son Jasmin, Damas l’avait déjà vu fleurir en 2000 avec un renouveau intellectuel aussi intense qu’éclair : de belles fleurs qui ne firent pas de fruit. L’ « Automne des idées », ils allaient vite le re-toucher ; 6 mois plus tard le « Printemps de Damas » était déjà fané. Mais les saisons ont cela de commun avec les hirondelles qu’elles reviennent à intervalles réguliers.

 

Mars 2011 : Bachar al Assad, chantre de la « démocratie » Syrienne, refuse les élections libres que réclame son peuple ! Pour prévenir une sympathie des mouvements qui naissent ça et là en Afrique du Nord, il orchestre une légère détente … Nos médias s’engouffrent dans la brèche ; revoilà le Printemps et son cortège de nobles pensées en fleurs ! Le grand jeu est alors de trouver à ces soulèvements méditerranéens un dénominateur commun. Le « pas-contentisme » populaire général serait-il le coming-out démocratique du monde arabo-musulman[4] ?

 

Mais, elle pointe déjà partout l’aurore des lendemains qui déchantent : si elle n’était pas homogène au départ, la situation de ces révoltes risque en revanche de l’être à l’arrivée, avec toujours les mêmes victimes ! (à suivre.)



[1] Chez moi, ils sont à la Compta… mais on peut en trouver ailleurs.

[2] Résolution de l’ONU N°2043 du 21 avril 2012.

[3] On ne sait toujours pas qui doit fournir les hélicoptères et il n’y a qu’une dizaine de blindés légers actuellement disponibles.

[4] « Arabo …. ?? »