Date de publication : 09.05.12 Imprimer
Pardon m’sieur

Pardon m’sieur

 

La politesse, un mensonge ?

La politesse ? Pas brulante d’actualité… Au contraire : la politesse ne cesse d’être brûlée.  Brûler la politesse, c’est partir sans dire au revoir. Avis à l’homme pressé !

 

« A quoi bon la politesse ? »

« A quoi bon la politesse ? » serions tenté de dire. La politesse, « cet art d’organiser la communication et de la rendre possible et acceptable par tous »[1], n’est pas en odeur de sainteté.

Confondue avec un code de règles surannées, avec des rites insignifiants, qui plus est des rites variant d’une culture à l’autre, la politesse est surtout dénigrée comme le masque de l’hypocrite. Pourtant, la politesse n’est pas l’art du mensonge. Il est grand temps de réhabiliter la politesse face à la spontanéité, trop souvent érigée en valeur absolue.

 

Etre bio jusque dans notre parole et dans nos actes ?

Pourquoi ces « salutations les plus distinguées » ? Pour mieux dissimuler ses vraies intentions, pire, pour manipuler l’autre ?

De l’avis quasi général, il faudrait parler sans détour, brut de décoffrage, être bio jusque dans notre parole et dans nos actes. Toutefois, cette option pour la spontanéité, cette volonté d’être « vrai » est irresponsable. En effet, confondre sincérité et premier mouvement du cœur, c’est ignorer les conséquences de son comportement. Papounet est au bord de la mort, de quoi a-t-il besoin ? D’un regard confiant. Or, si je ne suis que mes affects, que mes sensations immédiates, je n’aurais à offrir à Papounet qu’un mélange de rejet (« cet homme bourré de tuyaux d’hôpital n’est pas mon Papounet »), et de pitié (« pauvre vieux, tu es dans un sale état »). Cette réaction première est-elle vraiment plus sincère que le second mouvement, celui de ma main qui se tend vers  celle de Papounet pour le réconforter? D’où me vient la force de surmonter mon aversion initiale, si ce n’est par Grâce, et par politesse, c’est-à-dire par un effort sur moi, une volonté pour établir un lien avec l’autre (en l’occurrence, Papounet) qui soit le plus adéquate possible ?

 

La politesse, un art du lien social, au fondement de la confiance en l’autre

« Comment allez-vous ? » Combien de fois cette question est-elle prononcée sans égards pour la réponse. « Faites comme chez-vous » : ah vraiment, je peux mettre en désordre votre appartement ? Oui, la politesse n’est pas toujours à prendre au pied de la lettre. Mais alors que signifie-t-elle ? Mes égards pour l’autre, ma volonté de me comporter envers mon interlocuteur avec tact et délicatesse. La politesse est la base de la confiance dans les relations humaines.

Le contexte de brassage des cultures actuel rend d’autant plus nécessaire la politesse. En effet, la communication est moins aisée, moins spontanée, dans un monde où les repères communs sont fragilisés. Mais la contre partie à cette sensibilité extrême de la politesse est sa malléabilité : à nous de réinventer la politesse jour après jour, pour qu’elle témoigne de notre attention pour l’autre, de notre volonté de trouver la juste distance, celle qui permet de créer du lien social.

Loin d’être une vertu de Tartuffe, la politesse est donc au service du vivre-ensemble.



[1] BUFFON Bertrand, L’art de la politesse, éd. Transboréal, 2011, p 15

  • Sarah

    Merci Mathilde pour cet article qui m’a fait sourire! Je crois en effet qu’il faille faire la distinction entre des pratiques dépassées, qui se perpétuent dans certains milieux (les usages du « beau monde ») et des règles de civilité qui, loin de la soumission, permettent la reconnaissance de la place de chacun. C’est aussi le fondement, le ciment d’une société démocratique, qui se transmet en famille et au sein de l’école républicaine!