Date de publication : 02.04.12 Imprimer
La pantomime de l’euthanasie

La pantomime de l’euthanasie

Personne ne souhaite mourir dans d’atroces souffrances, personne ne veut que sa dignité soit bafouée. Nul ne veut se retrouver seul lors de ses derniers moments de vie terrestre.

Pourtant, samedi 24 mars, devant la question à la fois intime et universelle de la mort, les hommes n’ont pas parlé d’une seule voix.

Les uns, promoteurs de l’euthanasie avec injection létale, s’étaient réunis au cirque d’hiver de Paris pour discuter de la question auprès de candidats à l’élection présidentielle. Les autres, des clowns tristes, se sont retrouvés sur le parvis des droits de l’homme au Trocadéro. Invités par l’Alliance Vita, ils ont fait une chorégraphie originale pour montrer leur refus de l’euthanasie.


Un Autre Regard - flash_mob_alliance_vita

La question nous renvoie à un petit voyage imaginaire dans les couloirs des hôpitaux. Nous avons chacun des proches qui ont souffert terriblement, nous connaissons des exemples de vies volées en pleine fleur de l’âge et clouées sur des lits, peut-être en faisons-nous partie…

La question de l’euthanasie concerne toutes ces situations extrêmes où l’absurdité de la vie prend chair et où seuls ceux qui croient en la Vie semblent avoir une raison de tenir bon. Les médecins sont suspectés de vouloir faire durer le plaisir sadique de garder en vie alors que le patient et (surtout) sa famille attendent la délivrance finale. L’euthanasie est ainsi présentée comme une mesure qui permettrait d’éviter de trop lourdes souffrances inutiles ainsi qu’un certain acharnement thérapeutique. Elle donnerait au corps médical le droit de mettre fin aux jours des personnes qui le souhaitent. Les partisans de l’Alliance pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) s’expriment ainsi :

« Je veux avoir une belle mort, je ne veux pas souffrir abominablement, charcuté par des médecins, c’est tout, je veux mourir paisiblement. »

« Si je suis dans des souffrances intolérables avec une maladie incurable, je veux qu’on m’aide, je ne veux pas faire ça toute seule, je ne veux pas me suicider, je suis contre le suicide mais je veux qu’un médecin me tienne la main et que je puisse partir paisiblement. »

 

On sent à travers ces propos la crainte légitime lorsque l’on n’a plus toutes ses capacités. Bien plus profondément, c’est la peur de la mort qui transparaît. Les personnes interrogées sont bien portantes mais leur avenir les angoisse. La vieillesse, la dépendance ou la solitude sont leur inquiétude principale.

Or les lieux les plus tangibles et les plus traducteurs de ces situations ne sont-ils pas les hôpitaux ? Là en effet sont réunis souffrance, anonymat, solitude, incertitudes sur son état de santé, désespoir… C’est donc tout naturellement dans ce contexte que la question de l’euthanasie se pose. Le médecin monte en grade : on lui demande d’avoir le pouvoir non pas de donner la mort, les mots sont trop brutaux, mais d’aider le patient à accomplir son ultime liberté… ( au passage, il serait intéressant de connaître le pourcentage de médecins en faveur de l’euthanasie). Les mains du médecin qui ont soigné, soutenu, rassuré, ces mains qui ont chassé le mal et offert la guérison, cette fois, elles éteindraient toute vie dans un être.  Mais l’euthanasie ne relevant en aucun cas d’un acte médical, pourquoi demander cela au médecin ?

 

Face à cette question, le texte fondateur de l’ADMD vient nous éclairer :

« Comment peut-on se dire libre et maître de son destin si l’on ne peut éviter la déchéance, sinon par un suicide solitaire, préparé en secret et dont l’issue n’est jamais certaine ? » (Cf. Site officiel de l’Alliance pour le Droit de Mourir dansla Dignité).

Là les choses sont plus claires. Mettre un terme à ses jours n’est pas l’apanage des patients qui souffrent : c’est le droit de tous. Le terme  « déchéance » désigne toutes formes de dépendance, de maladie, d’états que nous subissons. Pour ceux qui ne veulent surtout pas vivre de telles situations, l’euthanasie permettrait de ne pas craindre de prendre la bonne dose létale et de souffrir seul dans son coin. Elle permet en effet d’être  accompagné et de pouvoir programmer sa mort comme on programme un voyage. En réalité, la question de l’euthanasie s’enracine et reste pour l’instant cantonnée dans le milieu médical.  Sa sous-jacente philosophie est  bien trop inhumaine et odieuse. Oui, dans le fond c’est à chacun d’entre nous que ses promoteurs pensent. A aucun moment, le texte fondateur de l’ADMD ne mentionne le cas de patients vivants des situations de détresse. L’ADMD évoque clairement le désir de permettre à tous dans le cadre de la loi de mettre fin à ses jours. Que les suicidés par assistance se rassurent, ils ne seront bientôt plus hors la loi, quant à ceux qui hésitent, ça vaut le coup d’attendre un peu !

 

Voilà donc la pirouette spectaculaire soutenue par certains candidats à la présidentielle. Sous prétextes  de compassion et de volonté de soulager ceux qui souffrent, ce sont toutes les formes de dégradations, d’inconforts, de vieillissement qui sont rejetées comme la peste et que la mort vient extirper ! Par ailleurs, une telle proposition de loi est totalement paradoxale : d’un côté on porte aux nues la liberté du choix personnel de la valeur de sa propre vie, de l’autre, on insinue que les personnes fragiles ne sont pas dignes de vivre. Or une société ne tire-t-elle pas sa noblesse et son humanité dans le soin qu’elle apporte aux plus démunis ? Donner aux personnes le droit de choisir de mourir quand ils le souhaitent souligne une dégradation incontestable d’une civilisation. Proposer de faire mourir plutôt que d’offrir son aide et son soutien  est une idée qui se veut libérale mais qui n’est que mensongère.  Considérer que la vieillesse et la dépendance me retirent ma dignité revient à penser que seuls les jeunes et bien portants ont suffisamment de valeur pour vivre. C’est tout notre regard sur les personnes fragiles qui est en jeu. Si individuellement je pense que ma vie ne vaut pas la peine d’être vécue au moment où je deviens grabataire, par voie de conséquence, je considère que les personnes partageant cet état ne sont pas dignes de vivre elles n’ont plus.

L’ADMD considère que choisir sa mort devrait être une loi d’ultime liberté mais dans une société civilisée,  les plus forts ne doivent-ils pas aider les plus faibles dans un respect mutuel ?

Sur le parvis des droits de l’homme, 700 personnes dont des personnes handicapées ont affirmé leur solidarité auprès des personnes fragiles. Le rôle et l’importance des soins palliatifs ont été rappelés.

Les porte-paroles de l’Alliance Vita ont notamment mentionné les dérives d’une telle loi : la rupture de confiance entre le corps médical et les patients ainsi que l’angoisse grandissante chez les personnes âgées qui ne se sentent plus du tout acceptées.

 

Si certains pensent quela France a du retard sur d’autres pays européens en ce qui concerne l’euthanasie, qu’ils se consolent !  C’est peut-être que nous sommes encore plein d’une profonde Espérance et d’une audace qui nous permet d’aimer nos vieux, nos malades, nos handicapés !

Ils coûtent peut-être cher à la société mais on ne peut le leur faire payer de leur chair ! Choisir sa mort est une liberté faussée. Quand on ne propose pas aux hommes de choisir en toute liberté la vie et toutes les conditions qui la rendent humaine, en choisir le terme relève d’une réelle tromperie. « Ainsi sommes-nous enfin libres. On nous a coupé les bras et les jambes, puis on nous a laissé libres de marcher. (…) On nous fait prendre ça comme un progrès moral. » (Antoine de Saint Exupéry). Et si le progrès résidait dans la conscience que le bien de tous va de pair avec celui des plus fragiles ?

 

N’oublions pas que si nous avons été des millions à avoir été émus par le film Intouchables, c’est peut-être parce que nous avons redécouvert les principes essentiels du bonheur au cœur d’une vie brisée. Cette histoire vraie nous a prouvé que face à la perte d’un grand nombre de ses capacités, dans le partage et l’amour, la vie et le bonheur sont toujours triomphants !