Date de publication : 16.03.12 Imprimer
Zita, une « dame de fer » en or

Zita, une « dame de fer » en or

Au cinéma avec la Dame de fer, dans la recherche de l’égalité homme-femme avec la suppression du terme « mademoiselle » dans l’administration, avec l’octroi d’une journée à leur honneur le 8 mars dernier, les femmes font parler d’elles.
Mais hélas, ce n’est la plupart du temps qu’au travers de luttes d’influence, de combats contre des clichés poussiéreux, de revendications hargneuses… Pourtant, si la femme met autant d’ardeur aujourd’hui à défendre ce qu’elle considère comme ses droits, les trésors de l’Histoire nous révèlent les visages et les noms de celles qui n’ont jamais rien demandé, rien revendiqué, rien écrit. Et pourtant… combien leur sort peut-il sembler injuste, combien ont- elles dépensé d’énergie au service des autres sans se soucier de propagande et de slogans médiatiques !

 

Le 14 mars 1989, âgée de 97 ans, la dernière impératrice d’Autriche rendait son ultime soupir. Zita de Bourbon-Parme s’éteignait et sa vie extraordinaire allait être dévoilée.
Quel destin poignant que celui de cette femme qui a connu la chute de l’empire austro-hongrois et celle d’une dizaine de monarchies européennes, deux guerres mondiales, l’exil, le nazisme et le marxisme ! La relèguerons-nous au rang des personnalités politiques figées au travers de nos petits souvenirs d’Histoire ? A-t-elle quelque chose à nous dire, à nous hommes et femmes du XXIe siècle ?
Sa vie nous parle d’elle-même, les parallèles avec les nombreuses crises que nous traversons sont aisés à faire. La question réside dans la manière dont Zita a vécu toutes ces révolutions, ces séparations, ces drames historiques.
Il était une fois une jolie princesse née au sein d’une famille très nombreuse. L’enfance de la jeune Zita se déroule paisiblement et joyeusement. Elle en gardera de très heureux souvenirs. Lorsqu’elle atteint l’âge de se marier, la jeune princesse est courtisée et assiste au bal de la Cour où elle retrouve son cousin éloigné Charles, successeur au trône. Zita valse bien et Charles l’invite autant que possible. Dans les chroniques de la saison, Zita est surnommée « princesse soleil ». Elle l’était bien en effet pour Charles avec qui elle se fiance à l’âge de 19 ans. Un réel et profond amour uni ces deux êtres comme en témoignent leurs nombreuses correspondances. Leur mariage est beau, émouvant mais surtout très priant. Charles a fait graver dans leurs alliances : « Nous nous réfugions sous ta protection Sainte Mère de Dieu. »

 

Dans ce contexte de conte de fées, l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo marque le début d’une succession d’événements et de responsabilités très lourdes à assumer pour le nouveau couple impérial que forment Charles et Zita. « Nous étions anéantis » a confié Zita. La monarchie nécessitait des réformes que le contexte particulier du moment rendait difficiles à accomplir. A la mort de l’archiduc François-Joseph, Charles a 29 ans et Zita 24. Ils se retrouvent à la tête d’une monarchie parmi les plus illustres du monde. Charles fait tout pour éviter la guerre. A ce moment là, Zita révèle de grandes qualités d’écoute et de conseil. Elle est un véritable soutien pour son époux et une réelle ambassadrice pour la paix. Elle encourage notamment l’empereur à faire d’importantes concessions aux minorités nationales. Néanmoins, les efforts du couple impérial ne vont pas empêcher la guerre d’éclater. L’engrenage du jeu des alliances va propulser l’Europe et le monde dans une guerre dévastatrice. En 1918, l’empire austro-hongrois s’effondre. La famille impériale doit s’exiler et sera reléguée à Madère où elle vivra pauvrement. Charles meurt en 1922 d’une pneumonie. La détresse de Zita s’exprime en un cri : « Charles, qu’est-ce que je vais faire toute seule ? » Très vite, elle se reprend et, avec la Foi qui la caractérise, elle accepte cette épreuve, elle qui n’a que 30 ans. Elle est veuve de l’empereur, elle est impératrice d’Autriche et reine de Hongrie, mère du jeune empereur d’Autriche et roi de Hongrie. L’héritage est énorme pour une personne désormais seule et sans ressources.
Zita consacrera sa vie à l’éducation de ses huit enfants tout en préparant Otto, le fils ainé, à prendre la succession du trône.

 

L’impératrice vivra ensuite 63 ans en Amérique. Fidèle à son unique amour, elle portera le deuil jusqu’à la fin de sa vie. Jamais Zita ne renoncera à ses obligations dynastiques. Pour elle, hériter donne des devoirs avant de conférer des droits. Malgré le destin tragique qu’elle a vécu, elle est convaincue que l’histoire ne connait pas de fatalité : l’espérance doit toujours régner. Malgré la disparition de la monarchie et la vie discrète menée par Zita, la dernière impératrice d’Autriche eut droit à l’hommage de tout un peuple. Les revendications des Jeunesses socialistes affirmant qu’il ne s’agissait que de madame Zita Habsbourg, une personne privée, n’altéreront en rien la ferveur nationale. Ces obsèques organisées par des personnes bénévoles, furent spectaculaires et somptueuses. Les journalistes et les télévisions du monde entier se réunirent à Vienne pour cet événement unique dans l’Histoire. Le Figaro Magazine arbora en première page un portrait de l’impératrice avec comme titre : « L’Europe dit adieu à sa dernière impératrice. » Si le passage terrestre de Zita s’est achevé ainsi, son exemple la rendra encore bien présente dans les cœurs de ceux qui découvriront son histoire et sa grandeur d’âme.

 

Impératrice, épouse et mère, Zita incarne un idéal de droiture et de bonté dont chaque époque, chaque société, chaque homme et surtout chaque femme peuvent s’inspirer.

 

 

NB : L’Eglise a béatifié Charles de Habsbourg le 3 octobre 2004 par le pape Jean-Paul II.
Le procès de béatification de Zita est lui-même en cours : http://www.beatification-imperatrice-zita.org/
Cf : Zita, impératrice courage de Jean Sévillia, Editions Perrin
Du même auteur : Le dernier empereur
Archives filmées du mariage de Charles et Zita : http://www.youtube.com/watch?v=VMQObJ5OtNQ

 

  • Marie Nicolardot

    merci pour ce bel article, qui contribue à lever le voile sur une femme hors du commun!

  • Gregoire

    Merci pour ce souvenir de Zita. Ça me donne envie d’en savoir plus sur Charles…
    Greg
    http://www.jenesuispasseul.fr