Date de publication : 21.03.12 Imprimer
Pierre Schoendoerffer est mort.

Pierre Schoendoerffer est mort.

Cet article ne sera pas une énième nécrologie ; les journaux s’en sont chargés et les hommes politiques se sont déjà empressés de s’approprier le personnage. « L’esprit de sacrifice, la grandeur et le déclin des empires » pour les uns, « l’homme au plus près de lui-même » pour les autres. L’enjeu est d’autant plus important pour eux que nous célébrions hier l’anniversaire des accords d’Evian (18 mars 1962), mettant un terme [officiel]  aux combats des forces du maintien de l’ordre et du FLN. Tous pourraient souhaiter utiliser la figure de ce cinéaste-écrivain: Il a vécu la guerre d’Indochine, observé comme journaliste celle d’Algérie, et décortiqué dans ses œuvres tous les aspects des conflits ; des rizières au djebel. Aspects guerriers, aspects humains. Surtout l’aspect humain.

 

L’homme est au cœur de son œuvre ; l’homme soldat, l’aventurier. On le voit déjouant les tempêtes d’une mer orageuse, bravant la jungle asiatique, au flan du djebel.  Mais c’est à l’aune de son sacrifice que cet homme devient alors un exemple, un héros. Le Crabe tambour (dans le film éponyme), le capitaine dans L’honneur d’un capitaine, les soldats de La 317ème section n’acquièrent en effet leurs titres de noblesse qu’au prix d’un dépassement de soi, d’une adhésion à quelque chose de plus grand qu’eux.

 

Pierre Schoendoerffer et ses héros participent du même effort. Bien sûr il a combattu en Indochine, vécu la défaite de Diên Biên Phu et subi les camps Viêt Minh. Mais plus que ça ; il a su raconter. Offrir à la postérité, à la jeunesse, une certaine idée de l’homme. Un autre regard sur celui qui -aujourd’hui- choisira la tranquillité au courage, le vote citoyen à l’engagement humain, le don du sangau don de soi.

 

Principes guerriers ? Valeurs militaristes ? Peut-être, mais pas seulement. La jeunesse peut avoir ces ambitions au cœur même de ses préoccupations quotidiennes.

Pierre Schoendoerffer en a eu conscience, en écrivant le livre majeur de son œuvre littéraire : L’aile du papillon(2003). On y assiste à la rencontre entre un vieux « soldat perdu » et son jeune filleul, miroir de sa propre jeunesse, pour qui l’aventure guerrière a été remplacée par d’autres défis plus contemporains (il est ingénieur et marin au long cours). Un naufrage amène ce jeune homme à rencontrer le capitaine d’un cargo errant qui le sauve, symbole d’une humanité déchue en quête de rachat.

Allégorie d’un monde qui attend de la jeunesse qu’elle se donne à lui pour son propre salut ; de cette jeunesse qui n’a d’horizons que ceux qu’elle ne peut encore voir.

 

Pierre Schoendoerffer mort ? Le prisme de sa plume et de sa caméra, à la lumière de son histoire, renvoie à la jeunesse un faisceau qui balaie ses doutes et éclaire son avenir.

 

Cyrano des temps moderne ;

Cinéaste, journaliste, soldat, écrivain,

Lauréat, commandeur et académicien,

Ci-gît Pierre Schoendoerffer,

Qui fut tout et qui ne fut rien.

  • Les Volets Rouges

    Très bon Article,
    Merci Monsieur Luret pour ce bel hommagve à ce magnifique hommage envers ce grand personnage fort admirable,
    LES VOLETS ROUGES