Date de publication : 08.02.12 Imprimer
Vague de froid : on passe à la mode automne-hiver

Vague de froid : on passe à la mode automne-hiver

C’est qu’il se faisait attendre chez nous, ce premier SDF mort de froid. Nous étions pourtant tous prêts à nous en émouvoir depuis longtemps. Heureux inconnu, que n’aurais-tu pas donné pour voir cela de ton vivant. Certes, nous t’aurons sans aucun doute oublié dans quelques jours, mais que serait l’hiver sans toi ? Sans cette émotion saisonnière, cette communion nationale des bons sentiments, ce si rare et si fugace moment d’humanité ?

Tu donnes au froid une réalité, grâce à toi nous goûtons notre bonheur. Tu nous émeus. Tu nous fais mal. Mais tu nous déranges. Oui tu nous déranges. Car si le froid nous pince le cœur c’est pour mieux l’engourdir ensuite. On se lamente, on pousse un soupir, et puis on s’étouffe la conscience à coup d’articles, de discours ou de piécettes. La souffrance des autres, point trop s’en faut ! Cachez ce pauvre que je ne saurais voir.
Finalement, la compassion sera vite morte de froid elle aussi. Fin du moment d’humanité.

 

Ah, la foutu condition humaine. Mais parlons beaucoup, promettons peu, et puis ouvrons un gymnase ou deux, pour l’urgence ou pour la forme. Incroyable urgence que l’on attend tous les ans. Finalement Nietzsche avait raison, l’éternel retour du même, cela s’appelle la politique (ou les hommes politiques, c’est selon).
Cette urgence on la connaît bien en France. On ne connaît pas grand chose d’autres d’ailleurs : pis-aller coûteux à la réflexion qui permet l’illusion de l’action. Laurent Fabius, Lionel Jospin, Nicolas Sarkozy avaient tous prôné le « Zéro SDF » : comme quoi, les slogans aussi sont saisonniers. Mais si les discours se doivent d’être volontaristes et humanistes, les politiques, elles, n’ont pas cet impératif là, semble-t-il. A quoi bon de toute façon, puisque nous les aurons vite oublié, ces pauvres gens.

Comme dit le proverbe, « il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ». Alors politiques, passants, ou SDF : « circulez y a rien à voir ».

 

Il semble qu’on entend ce dialogue étrange entre la bouche pâle et l’œil triste et hagard :
- Qu’as-tu fait de ton souffle ?
- Et toi, de ton regard ?

Victor Hugo, Les pauvres Gens