Date de publication : 03.02.12 Imprimer
Qui a peur de Lady Gaga ? C’est Hu !

Qui a peur de Lady Gaga ? C’est Hu !

Hu Jintao, le Président de la République Chinois veut combattre l’occidentalisation de l’Empire du milieu. Oui, vous avez bien lu. La presse internationale en ce début d’année 2012 est unanime : la 2° puissance économique mondiale aurait peur des droits de l’homme, du mode de vie américain, de l’influence d’Harry Potter et de Lady Gaga sur sa population.

La Chine qui effraie le vieux continent par son appétit pour les ports grecs et la terre africaine, la Chine redoutée pour ses coûts salariaux défiant toute concurrence, sans parler de ses réserves de change…  L’Occident se méfie de la montée en puissance économique de la Chine. La Chine veut se défendre contre l’assaut culturel de l’Occident.

 

Mais pourquoi donc Hu tient-il ce discours?

Hu n’aime pas l’odeur du jasmin.

D’un côté, un contexte international propice à nourrir les inquiétudes des régimes autoritaires de tout horizon. Le cocktail « droit de l’homme et Internet », un mélange explosif. De l’autre, un contexte national marqué par des élections au sein du Parti Communiste chinois fin 2012 pour élire les dirigeants de la Chine pour les 10 prochaines années. Or l’Occident promeut ces mêmes droits de l’homme et son modèle politique, la démocratie libérale, comme des valeurs universelles. D’où le danger représenté par cet Occident « agitateur » pour la stabilité de la Chine et sa transition politique harmonieuse.

 

La Chine, une puissance menaçante… mais pas séduisante

La puissance de la Chine s’affirme de manière déséquilibrée. Puissante, la Chine l’est par ses moyens de contrainte (hard power) : démographiquement (1,3 milliards d’habitants), géographiquement (3° plus grand pays au monde, monopole de terres rares) économiquement (PIB de 6000 milliards de $), diplomatiquement (siège permanent au Conseil de Sécurité). . Mais quant est-il de l’autre face de la médaille, le pouvoir doux (soft power) ? Coût collectif du succès économique – notamment en termes de pollutions, répression des dissidents, censure sur Internet… Pas de quoi faire rêver le reste du monde. Or aujourd’hui plus que jamais, à l’époque des opinions publiques, la diplomatie publique est indispensable pour consolider le pouvoir coercitif (hard power)… Or c’est là que ça coince…

 

Chine, comment comptes-tu nous séduire ?

Pour l’instant, la Chine s’est surtout illustrée par son relativisme. Les droits de l’homme ? Une invention occidentale. Peut-être le discours hostile à l’ingérence soutenu par Pékin facilitera encore plus son accès aux marchés africains, puisqu’à la différence de l’Europe, la Chine ne s’entête pas à conditionner ses accords commerciaux à des engagements en termes de gouvernance et d’Etat de droit… Mais avec un discours relativiste la Chine ne séduira pas les peuples. Si bien que la nouvelle campagne chinoise pour devenir plus attractive à l’étranger pourrait être perdue d’avance, faute d’avoir un message à promouvoir. Certes, la construction de 300 Instituts Confucius dans le monde depuis 2004 confirme l’ardeur des Chinois à la tâche. Mais ces instituts pourraient n’être à moyen terme que des lieux d’apprentissage de la langue. En effet, quelles œuvres y promouvoir ?L’art de la guerre de Sun Tzu, le nouveau cadeau passe partout des dirigeants chinois ? Un livre de stratégie militaire écrit au VI° s. avt JC : pas très sexy. La faiblesse culturelle chinoise est d’abord liée à ses propres questionnements sur son identité. Comment réconcilier Confucius, Mao et Liu Xiabo ?

 

L’Asie du Sud-Est, un climat favorable à la fois à la croissance et aux droits de l’homme ?

Si l’avènement de la démocratie semble peu probable, le modèle humaniste prôné par l’Occident gagne du terrain. Un modèle qui se décline à la sauce chinoise, autrement dit, qui se prête à une acculturation. Et cette conquête pourrait remettre en cause la vision holistique asiatique, au fondement de l’organisation sociale chinoise, et de la performance économique du pays. Pourtant, Taïwan, Corée du Sud : l’Asie du Sud-Est invente déjà leur modèle de démocratie, leur défense des droits de l’homme. Les droits de l’homme ne sont pas l’apanage de l’Occident.

 

Ce qui est inédit ? La Chine est plus exposée aux influences extérieures.

L’interdépendance, fille de la mondialisation, est passée par là. Quand l’euro chancèle, le yuan a des frissons. Mais cette interdépendance n’est pas qu’économique. En adoptant progressivement les principes du libre échange capitaliste, les dirigeants chinois n’étaient pas inconscients des risques, désormais réalisés, en termes sociologiques. Les idées circulent encore plus vite que le textile et les virus. Les élites chinoises qui partent étudier aux Etats-Unis reviennent au pays en ayant vu que droits de l’homme ne riment pas avec chaos (à défaut de rimer avec croissance et égalité). En voulant prendre le meilleur des modèles occidentaux pour son propre développement, la Chine ne peut trier le grain de ce qu’elle considère comme l’ivraie, elle ne peut accueillir le management à gogo, et fermer la porte aux libertés publiques.

 

« Hu peut acheter le monde
Hu peut acheter la paix
Mais Hu ne hume pas le parfum
De la fleur de Jasmin
 »

 

 

  • john

    Personnellement, je pense qu’il sera plus utile de prendre un regard plutôt sur l’inpuissance de l’Europe qui se pronge actuellement dans sa joyeuse crise qui réjourit bien des occidentaux, ainsi les USA. Je suis bien étonné par le fait que les yeux des occidentaux annalisent bien des affaires des autres pays, mais sur ses propres affaires, elles semblent jamais exister. C’est peut-être là l’importance de tourner votre REGARD qui s’inquiète bien des autres. Devant un mirore, vous découvrez peut-être qualques choses de nouveau. Ne chantez pas comme une machine qui a une belle voix, en perdant la raison et sa tête.

    • Mathilde

      Salut John,
      Merci pour ton message.
      1) Sur l’impuissance de l’Europe : mon premier regard publié sur ce site traitait justement de la crise européenne actuelle
      http://autre-regard.org/2011/11/crise-de-la-dette-souveraine-responsabilites-politiques-et-democratie-europeenne/.
      Bien sur, l’actualité a déjà périmé cet article, mais cela te montre que je regarde d’abord ce qui se passe chez moi.
      2) Et en effet, il y a de quoi être préoccupé par la crise multidimensionnelle que traverse Europe… Ceci dit, les Européens doivent-ils renoncer à regarder ce qui se passe autour d’eux? Les réponses à notre crise demandent de notre part une introspection, mais aussi un décentrage, puisque une des données de la crise est justement que l’Occident n’est plus « le centre du monde ».
      3) je me suis amusée de la paille dans l’oeil de la Chine, mais tu as raison, ta remarque me permet de revenir aux poutres qui nous aveuglent, Européens que nous sommes. Mon prochain regard ne se portera pas sur l’UE tout de suite, mais sur une autre plaie béante, européenne et surtout chrétienne : la pédophilie des prêtres.
      Mathilde

      • Jessica

        Entre Blanchot et Leary, notre coeur bnalace.on dirait que tu veux dire comme entre charles manson ou de jefrey dahmer..et ben moi j’ai un faible pour manson, dahmer il fait vraiment trop con