Date de publication : 06.02.12 Imprimer
Costa Croisières, bienvenue à  bord

Costa Croisières, bienvenue à bord

Un bien curieux naufrage s’il en est, parmi toutes les grandes catastrophes qui ont vu des paquebots disparaître dans les abîmes. Et qui serait ridicule s’il n’était pas tragique.

Figurez-vous que dans la course au gigantisme des paquebots, les naufrages les plus meurtriers ne sont pas forcément les plus coûteux – en termes financiers, j’entends. Et comme tous les journaux ne se sont pas privés de faire la comparaison avec le Titanic, allons-y allègrement. 1912 : iceberg droit devant. 1500 morts environ, et dans les circonstances les plus tragiques qui soient. Des musiciens entonnant le fameux « Plus près de Toi mon Dieu », un commandant Edward John Smith errant sur le pont, se sacrifiant pour son navire, et exhortant les autres officiers de son « Be British ! » et une eau glaciale dans laquelle les victimes se sont débattues farouchement en espérant conserver un peu de chaleur sans se douter qu’elles ne faisaient en fait qu’accélérer l’hypothermie.

 

Oui mais. Le navire n’était assuré en tout et pour tout, que pour un million de livres à l’époque, soit un peu plus de 71 millions d’euros. Une somme dérisoire, si l’on juge les 395 millions d’euros pour lesquels le Costa Concordia est couvert. On s’explique alors que le naufrage de ce dernier en fasse aujourd’hui le plus grand sinistre maritime de mémoire d’assureurs. 28 compagnies se sont d’ailleurs réunies pour payer la facture, enfin plutôt faudrait-il dire la partie dite « assurance corps maritime », c’est-à-dire les frais matériels pour le seul bateau. Encore qu’il n’a pas coulé corps et biens…il gît lamentablement sur son rocher, couché sur son flan, et l’on se demande combien de temps il va y rester.

Sauf que là, le tableau du naufrage en lui-même est sensiblement différent du Titanic. 290 mètre de longs, 115 000 tonnes d’acier, 2380 tonnes de carburant à pomper d’urgence pour préserver la réserve naturelle de la petite île de Giglio, au large de la Toscane…

 

Et un capitaine poltron, lui, qui a voulu faire le zouave en s’approchant des côtes de près pour impressionner les passagers. On n’aura jamais fini d’épiloguer sur le comportement indigne de ce commandant Schettino (au passage, « schettinare » en italien, ça veut dire « déraper »… ) abandonnant ces 4200 passagers, au prise avec le chef des garde-côtes le sommant de remonter à bord pour organiser les secours (aux dernières nouvelles, il semblerait que l’expression « reviens à bord, bordel ! » est à la mode en Italie [1]), invitant même une jeune moldave dans la salles des commandes après avoir dîné en tête à tête avec elle…. Moldave amoureuse du capitaine, d’ailleurs, à tel point qu’elle aurait raconté n’importe quoi pour le défendre. Après La croisière s’amuse, ce sont Les feux de l’amour. En même temps, déclarer sur un plateau de télévision que c’est lui« le meilleur de la compagnie », que « c’est un héros » qu’il « a fait tout ce qu’il fallait » et qu’il a « sauvé des gens », ca passe moyennement. Quand on sait que Schettino avait été en 2010 au gouvernail du Costa Atlantica pour le tournage du film Bienvenue à Bord ! En tant que….conseiller ! Cela fait frémir.

Mais le plus inouï est que l’on demande aux passagers d’accepter un maigre pécule (11 000 euros) pour dédommager tout cela en un rien de temps. Le temps de faire oublier, vous comprenez. Sachant que s’ils acceptent cette somme tout de suite, ils sont supposés renoncer à toute procédure judiciaire.
Allez, re flash-back : le Sea Diamond, il y a cinq ans : ce paquebot de croisière s’était empalé sur un récif près d’une île grecque, Santorin. Cinq ans plus tard, le dossier n’est toujours pas clos.

 

On souhaite donc bonne chance aux passagers du Concordia, du moins ceux qui sont toujours vivants ? Parce que 17 morts et 15 disparus à ce jour, c’est quand même ce qu’il faut retenir de cette histoire. En voyant des drames comme celui-là, je me suis toujours dit qu’un jour on finira par nous inventer l’assurance responsabilité pénale : vous faites une bavure, pas de problème, votre assureur va en prison à votre place, moyennant franchise. Et tout ça n’empêche pas les gens de continuer à naviguer à grand frais… alors bon vent à tous les futurs concordiataires. Après tout n’avons-nous pas droit à 10% de pertes ?

 

[1]  Je remercie (con)cordialement une de mes amies pour cette anecdote, elle se reconnaîtra…
Crédit photo : Andreas Solaro / AFP