Date de publication : 23.02.12 Imprimer
A portée de clic : la consommation collaborative

A portée de clic : la consommation collaborative

A l’heure où la dette assomme tous azimuts et provoque le naufrage de certaines économies européennes, des centaines de start-up tirent les leçons d’un XXème siècle d’hyperconsommation marqué par l’abondance du crédit et de la pub. Ces entreprises nous interrogent : pourquoi possédons nous autant ?

Inversant la logique de nos habitudes de consommation, elles nous incitent à prêter, louer, partager, ou échanger nos biens, notre temps, notre espace ou nos compétences, via Internet et les communautés de pairs. « Ce qui est à moi est à toi », c’est un peu le leitmotiv de ces initiatives regroupées sous le nom de « consommation collaborative », reflet d’un nouvel âge du capitalisme où l’accès prend le pas sur la propriété.

Concrètement ? Plus d’un million de voyageurs ont jumelé leurs trajets via le site covoiturage.fr l’été dernier. Le couchsurfing – hébergement gratuit chez l’habitant – continue son envol, le réseau comptant actuellement plus de 3 millions de membres dans 237 pays. La colocation, jadis le lot des étudiants, séduit maintenant salariés célibataires et seniors. Et enfin, l’engouement pour les sites d’échange de biens et de services (ex : création d’un site web en échange de conseils juridiques), pour les partenariats de proximité entre consommateurs et agriculteurs bio (AMAP), ou pour la location entre particuliers (qu’il s’agisse d’un vidéoprojecteur ou d’une perceuse d’appoint) ne cesse de croître. Ces solutions alternatives, d’abord l’apanage de militants écolo-bobos, constituent aujourd’hui un phénomène global et une tendance de fond.

Leurs principes ? Une production en « open source », non planifiée, standardisée, ou protégée par des brevets ; une distribution en circuits courts (sans intermédiaires); des échanges garantis par la confiance et fluidifiés par l’émergence des réseaux sociaux et de l’identité réelle en ligne ; et une rémunération sur chaque transaction, ou par la publicité en ligne.
De plus, c’est au marché, et non à l’Etat, de choisir le modèle collaboratif le plus approprié àun territoire donné – un maillage des opportunités sur lequel se sont construites des entreprises comme KissKissBankBank (qui permet de collecter des fonds auprès de particuliers pour financer un projet quelconque) ou Deways (qui met en contact des personnes qui utilisent peu leur voiture avec celles qui en cherchent une ponctuellement).

Mais quelles sont les motivations des intéressés ? Le journal Le Monde a mené son enquête pour y voir plus clair. Dans une galerie de portraits, on découvre, pêle-mêle, les préoccupations des consommateurs « collaboratifs ». Comportements d’abord motivés par la volonté d’échapper aux tarifs exorbitants de certains biens et services (la crise n’est jamais loin), mais aussi par l’inquiétude des conséquences environnementales d’une consommation effrénée et individualiste, ou encore par la recherche de lien social (les transactions exigent, la plupart du temps, une rencontre physique entre les personnes) et le sentiment d’appartenir à une communauté.

Par ailleurs, l’économie du partage répond au moins à trois défis majeurs. Le premier : en 2050, quand 70% de la population mondiale vivra en milieu urbain, limiter ou encadrer les déplacements s’avèrera difficile (le télétravail est par exemple loin d’être une solution pour tous) – il est donc temps de repenser la mobilité. Le deuxième : aucune entreprise, aucune société n’évitera la « fuite des cerveaux » sans un cadre de vie épanouissant – d’où l’intérêt des lieux de travail partagés (coworking) comme « La Cantine » ou « La Ruche » à Paris. Le troisième : combien de locaux sont-ils inoccupés ou sous-valorisés (une chambre vide chez soi, son parking…) ? La gestion de l’immobilier elle aussi est à repenser… ce que font certains sites de petites annonces et de partage communautaire, gratuits ou non, comme unnid.com.


Enfin, au-delà des solutions particulières apportées à ces défis, la consommation collaborative, qui nécessite une ouverture vers l’autre, est un fabuleux moyen de désindividualiser ce monde. Alors pourquoi pas vous ?

100 sites de consommation collaborative

  • http://www.facebook.com/profile.php?id=616015567 Marie-Alix Prat

    Un concept positif, solidaire, vivant et humain! Un bon bol d’air frais dans nos manières d’envisager notre consommation, mais également nos interactions avec la communauté/société.
    Explorons les potentialités des externalités positives que nous pouvons tirer de notre consommation, et de la solidarité et confiance de nos communautés pour consommer plus intelligemment !!
    Bravo pour ce nouvel article !

  • Herve

    Bravo pour cet article pertinent ! Alors pourquoi pas vous, en tant qu’utlisateur bein sur, mais pourquoi pas comme ‘prestataire’ ? Y’a qu’a demarrer a l’echelle d’un pilote, localement… et etendre ensuite le concept pour en faire beneficier un plus grand nombre.
    Je pense aussi que c’est une facon de re-tisser des liens, des e-relations peut-etre, mais des relations quand meme au sein de la virtualite onmipresente d’un monde ‘drivé’ par les technologies de l’information et de la communication…

  • Pingback: On parle de nous… | Un Nid

  • Céline TIPKIN

    Félicitations pour cet article qui est toujours d’actualité, devenir acteurs de cette nouvelle économie permet effectivement de développer un lien social (même à travers le web) et de participer activement à notre consommation !