Date de publication : 02.01.12 Imprimer
Ces idées qui changent le monde

Ces idées qui changent le monde

Excès de pessimisme. Pessimisme qui nourrit notre presse quotidienne et la fait vivre. La crise ! La crise…Il me semble que, depuis que je sais lire, les gros titres (les gros mots ?) ne me parlent que de crise.
Certes, d’un point de vue technique, le phénomène s’explique. Les équilibres se modifient, les inégalités augmentent, les ressources se tarissent. La pensée malthusienne, renaissante, y verrait la conséquence directe de l’accroissement de la population. Mais ce vieil argument n’est-il pas une façon de centrer le problème sur l’humain – le nombre – en oubliant l’être ? Car la nature n’est point avare. Si manque il y a, il découle de nos modes de vie et non de nos vies trop nombreuses. « Que fait-on quand un problème est insoluble ? On change le problème », disait Jean Monnet.

C’est ce que le social business essaie de nous faire comprendre : essayons un instant d’envisager le problème comme la clef de sa résolution, de voir les fragilités, les limites, les différences comme autant de défis lancés à la créativité de l’être.
Alors que certains continuent de séparer la sphère économique du champ social sans se poser la question de ce qui les relie (l’Homme !), le social business ose concilier, réconcilier, les exigences de ces deux « univers ». Ce nouveau pan de l’économie décloisonne deux mondes apparemment opposés : le business d’un côté, réactif, efficace, qui cherche à générer du profit; le social de l’autre, chasse gardée des gouvernements et des organismes de l’économie sociale et solidaire, souvent sans but lucratif.
Le social business allie les forces de ces différents acteurs pour résoudre de manière durable les problématiques sociales du « marché mondial des plus défavorisés » auquel il s’adresse. Partant de la connaissance du terrain, ses innovations concernent aussi bien le service ou le produit, que le mode d’organisation et les moyens de distribution. Aujourd’hui, ce modèle économique investit des domaines aussi diverses que l’agriculture, la santé, l’alimentation, le logement, l’énergie, l’eau et l’assainissement, ou les services financiers. Les projets qui nous les plus familiers – ceux de Danone, Vinci… – en sont encore au stade de pilote ; pourtant en la matière, des centaines d’initiatives privées ont passé le cap de passage à grande échelle. En Inde, « eChoupal » fait figure de cas d’école.
eChoupal est une plateforme de commercialisation agricole lancée en 2000 par ITC Limited, un conglomérat indien présent dans les domaines des TIC (technologies de l’information et de la communication) et de l’agro-business. Cette plateforme s’étend au travers d’un réseau de 6500 kiosques internet qui fournissent à quatre millions de petits agriculteurs indiens des informations (météo, cours du marché…), des produits agricoles (engrais, pesticides…) et des services correspondants à leurs besoins.
En pratique, chaque kiosque équipé d’un ordinateur et d’une connexion internet par satellite est hébergé et géré par un agriculteur – nommé Sanchalak – dans chaque village. Celui-ci s’engage à assurer l’accès au centre à tous les membres de la communauté, indépendamment de leurs origines sociales ou religieuses. Aussi, trois principes sous-tendent l’organisation d’eChoupal : la gratuité des informations commerciales, la liberté de choix des utilisateurs qui peuvent vendre leurs production aux acheteurs locaux ou à ITC via l’eChoupal de leur communauté, et enfin la rémunération des Sanchalaks par des commissions sur les transactions commerciales entre les agriculteurs et ITC.
L’innovation sociale du modèle économique inventé par ITC est son approche vis-à-vis des intermédiaires traditionnels du marché agricole. En effet, au lieu de les exclure du système, ITC leur propose de devenir fournisseurs d’informations commerciales. Le modèle économique d’eChoupal assure aux intermédiaires des marges légèrement inférieures à celles pratiquées traditionnellement, mais en augmentant le volume des transactions, il génère un profit supérieur au système antérieur. Ce dernier accroit les marges des agriculteurs de 2,5%.
La logique opérée ici se distingue de celle de l’aide au développement et découle d’une stratégie entrepreneuriale: ITC s’est créé un réseau de distribution incomparable pour ses produits, et peut en même temps s’approvisionner directement auprès de 4 millions d’agriculteurs dans plus de quarante mille villages. Les marchandises récupérées étant traçables et de bonne qualité, l’entreprise en retire un meilleur prix auprès des consommateurs et obtient un retour sur son investissement au bout d’un an. Voilà un exemple typique de configuration gagnant-gagnant, preuve parmi d’autres que sciences commerciales et sociales se conjuguent parfaitement.
Alors que le business classique ouvre les yeux et saisisse l’opportunité d’innover pour le bien commun. Il est temps pour l’entreprise de changer de perspective, d’entrer dans un cadre spatio-temporel un peu plus vaste que le champ de ses concurrents et plus durable que le cours de ses actions en bourse. Sans faire de la charité ni se contenter de suivre un « code de bonne conduite » tel un mouton craignant le bâton du berger (agences de notation, sociétés d’audit, directives gouvernementales, pression des ONG,…), l’entreprise doit oser réinventer son cœur de métier, transformer ses stratégies, utiliser l’esprit critique et le bon sens de des consommateurs, pour trouver des solutions durables là où l’univers du bénévolat n’a pas les reins assez solides.
Il faut commencer par regarder hors de nos frontières, pour s’inspirer de l’innovation dont font preuve les pays en développement, les pays anglo-saxons, la Hollande, la Scandinavie etc. Les grandes entreprises françaises ont tout à y gagner. D’abord parce que la croissance de demain se situe dans ces « marchés » encore inexplorés des « populations du bas de la pyramide », qui représentent 4 milliards de futurs consommateurs et abondent de talents ignorés. Mais aussi parce que ce modèle hybride résonne dans l’esprit d’une jeunesse en quête de sens, refusant l’assistanat qu’induit souvent la coopération internationale et cherchant à mettre ses compétences au service d’une économie plus humaine.
Les géants de la presse française mériteraient parfois de mettre en avant ces nombreuses et fabuleuses initiatives situées à la croisée des chemins entre l’économie et le social.
L’occasion d’une note d’espoir sur leur partition trop sombre ?

  • guilcher benoit

    C’est un bel article, qui clarifie nettement ma vision du social buisness!

    bravo!
    ben

  • guilcher claire

    tres pertinent et bien ecrit

  • Marie Alix PRAT

    Une fine plume qui nous donne envie de changer le monde! Bravo!

  • Pia-maria DAHDAH

    Sarah, chapeau pour cet article!! Tu as refais naître en moi cette motivation de vouloir changer le monde!!!
    merci

  • cm p

    très bon!

    • Satishkumar

      Les reves ont noye,la Grande Guerre, la Grece,la prreie et le crachat du crapaud.Il faut sortir, la lune est loin,eveillez vous frere Jean Jacques,eveillez vous coeurs endormis.

  • BLM

    Brillant exposé !! et l’on pouvait changer le monde ???

  • Kahkashan

    Combien de fois on eetnnd ‘c’est pas la taille qui compte’. Serions nous tous une bande d’hypocrites ;)A l’heure du ‘supersize,’ je continue cependant de preferer le ‘petit mais joli’…en general