Date de publication : 11.01.12 Imprimer
La politique, le plus <strike>beau</strike> vieux métier du monde

La politique, le plus beau vieux métier du monde

« – Dis maman, c’est quoi la politique ?
– On verra ca quand tu seras grand ! »

J’ai longtemps fait partie de ces gens naïfs, croyant que si le droit de vote avait été fixé à 18 ans, c’était pour garantir la capacité des futurs citoyens à réfléchir avec maturité ou à penser avant tout au bien commun. Les rictus amusés et condescendants de ceux qui m’écoutaient ont cependant rappelé à l’ordre le jeune et dangereux idéaliste que j’étais, « incapable de s’adapter aux dures nécessités de ce temps » (S. de Beauvoir). On m’avait donc menti.

Désillusion. Comme si la politique avait un rapport avec le bien commun… Servir la nation ? La blague. Se servir d’elle ? La norme. La polis ? Mais la polis on s’en moque ! Fuck la polis ! Et pourtant, l’actualité aurait dû me mettre sur la voie : après l’affaire DSK, les vacances sous le soleil tunisien de Mme Alliot Marie, le scandale Guérini, la condamnation de notre ancien Président, la poésie d’Henri Emmanuelli, ou l’assiduité de Mme Dati, (exemples non limitatifs) mes idéaux auraient du se faire une raison. Enfin grâce à eux j’ai quand même compris ce qu’Aristote voulait dire en qualifiant DSK l’homme d’animal politique.
Et pourtant. La politique, voilà sans doute l’un des métiers les plus beaux du monde : c’est le désintéressement, le souci du bien commun, l’honnêteté, la transparence…la vertu en un mot ! Non, rassurez-vous je ne rêve pas. Enfin plus. Mais regardez donc tous ces politiciens qui professent leur honnêteté, leur « parler vrai » (1), leur sincérité et leur amour des journalistes gens, dans les périodes d’élections de crises ou de doutes ! Peu importe qu’ils possèdent vraiment ces qualités de toute façon, du moment qu’ils paraissent les avoir le peuple est content. Il n’est pas dupe, mais ca le rassure. Et puis ca donne plus d’ampleur aux scandales. Alors bon quelques grands esprits nous diront qu’après tout on a les dirigeants qu’on mérite. Et puis qu’on les a élus. Certes.

Malgré tout, mauvais citoyen que je suis, je me refuse encore à appliquer à la politique le bon vieux « laisser faire », dont on a vu toute la réussite économique et sociale, n’en déplaise à nos amis néolibéraux et socialistes (eh oui, ils ont plus de points communs qu’il n’y paraît). Je me refuse à croire que la politique n’accueille pas au moins 50 30 10 1 juste dans le lot (2), ou qu’on ne puisse arriver au pouvoir qu’à force de coups bas, – et tant pis pour les principes (3). Et, surtout, je me refuse au fatalisme.
Alors, amis adeptes de l’abstention, de l’inaction, de l’« à quoi bon », du « tous pourris », bref, du « j’aime pas ca, mais frappe encore », bonne nouvelle ! La politique embauche ! Parce que le meilleur moyen de changer la politique, les politiciens et la polis qui va avec, c’est encore d’en faire. Parce que s’indigner c’est bien, et puis ca soulage.

Mais après ? C’est pas parce que les vaches ont des cloches qu’elles font du lait. JP2 il était free il avait tout compris : « les accusations d’arrivisme, d’idolâtrie du pouvoir, d’égoïsme et de corruption, qui bien souvent sont lancées contre les hommes du gouvernement, du Parlement, de la classe dominante, des partis politiques, comme aussi l’opinion assez répandue que la politique est nécessairement un lieu de danger moral, tout cela ne justifie pas le moins du monde ni le scepticisme ni l’absentéisme des chrétiens pour la chose publique ». En maths ca donnerait politique = bien commun = grosse galère = quand même ton problème. De quoi bien commencer l’année. Et de quoi espérer.

A bons (é)lecteurs, salut !


(1) J’ai toujours détesté cette expression : avant de parler vrai il faudrait déjà apprendre à parler français.
(2) Je paie un verre à celui qui comprend l’allusion.
(3) Sacrifier la morale privée sur l’autel du service public, quel dévouement admirable.

  • greg

    On gagne facilement des coups à boire sur ce blog il suffit de lire Gn 18,23-33

    • Jean-Baptiste

      Pas mal! Mais je rajouterais Gn 19, 1! Je pense que ca mérite quand même le verre! Et que cette histoire va finir par me coûter cher :d !

  • UAR

    +1 Greg ! Jean-Baptiste va devoir payer sa tournée 🙂

  • MD

    Très intéressant, ce rappel à l’ordre.
    Toutefois (et je ne veux pas jouer les Cassandre) le problème de la politique, c’est qu’in fine, elle est affaire de compromis…(si, si… promis ! 🙂 ).
    Ce n’est pas un reproche; c’est plutôt mathématique en démocratie !
    Le « clientélisme » induit par le besoin de séduire la majorité a tendance à conduire à des convictions à géométrie variable.
    Les Voies du Seigneur ne sont pas forcément les voix des électeurs ! Or pour tout chrétien, il reste et demeure les « points non-négociables ». Et là … c’est le serpent qui se mordille les orteils !

    « Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement. » (si on m’avait dit un jour que je citerais Castro !)

    PS: pour la tournée générale, ça c’est d’la campagne électorale ! 🙂

    • Jean-Baptiste

      Tout à fait d’accord ! D’où le problème des candidats dont les idées rejoignent seulement une minorité, comme celle désormais des chrétiens. C’est pour ca que vouloir transformer la politique de l’extérieur, avec par exemple un parti chrétien, me semble bien plus difficile (et les tentatives de infructueuses de Christine Boutin sont là pour en témoigner ) que de le faire de l’intérieur via une structure partisane plus large. Mais le débat est ouvert !

      Et puis soyons fou un cas pratique pour la fin, inspiré de l’actualité : imaginez, vous-êtes Président de la République et chrétien (on peut rêver) : promettre le mariage gay peut vous faire gagner les élections et éviter que le parti adverse légalise en plus du mariage gay, mettons l’euthanasie. Faut-il promettre ? Où placer la barrière du non négociable ?

      • MD

        Vous me retirez les mots de la bouche en ce qui concerne Mme Boutin ! Peu d’espoir de Pouvoir si ce n’est celui d’avoir voix au chapitre en marchandant un rapprochement avec un parti majoritaire. (C’est « louable » car c’est mieux que rien, mais là aussi les impératifs de la négociation impliquent une chemise avec un envers bien repassé).

        Quelle forme prendrait, selon vous, cette structure partisane plus large ? Pour la sincérité du message chrétien, je doute que l’on puisse imaginer une stratégie de noyautage à dessein ou d’entrisme (« Couvrez ce [dessein] que je ne saurais voir ! »)

        J’aime bien votre « imaginez, vous-êtes Président de la République et chrétien (on peut rêver) » ….Sark??…vous avez raison on peut rêver. 🙂
        Ce cas pratique frôle le cas de conscience et on rejoint en trois pas la realpolitik du vieux Bismarck. C’est presque de la philo, non ? Faut-il suivre le roman de Renart et de deux maux choisir le moindre ? Car au final, le moindre mal n’en est pas moins un mal. C’est mettre en balance l’euthanasie et le droit d’adoption qui sera la conclusion logique de votre légalisation.
        Une fois que l’on a répondu à votre question, on peut aussi se demander s’il est légitime de renier sa Foi (ou une conviction) à un niveau personnel pour la défendre à un niveau général ?

        PS: charmant votre site; j’ai atterri ici par le truchement des profils FB. Cela ne fluidifierait-il pas le débat d’avoir des commentaires qui s’affichent directement ?

      • Kavita

        Bravo !!! Je n’en reviens pas de la qualite et du petillant des commentaires, des infos, des photos, de la richesse du contenu ! Avec des amis nous avons cree un blog et nous sommes loin tres loin de vous arriver a la cheville !!!

  • Jean-Baptiste

    C’est très bien dit ! Effectivement dans le cas d’un parti chrétien (c’est-à-dire défendant certaines valeurs et certains principes non-négociables) le rapprochement avec un parti plus important (type consigne de vote ou soutien à une politique) paraît être la manière la plus réaliste pour peser un peu plus sur les décisions. Du moins pour le moment puisqu’on peut se demander si, inversement, les grands partis auront eux aussi intérêt « à terme » à se compromette avec les chrétiens dont le poids électoral diminue et dont les convictions sur l’homosexualité, l’euthanasie ou l’avortement sont de plus en plus mal perçues.
    Si Mme Boutin a choisi le rapprochement avec l’UMP (c’est à cette structure partisane là que je pensais dans le contexte, comme le parti démocrate chrétien y est associé) c’est justement du fait de la défense – par conviction ou calcul – du parti majoritaire de la plupart des principes non négociables (Mme Boutin raconte d’ailleurs dans diverses interviews qu’elle a négocié son rapprochement contre l’engagement de Sarkozy de ne pas mettre en œuvre le mariage gay et l’euthanasie) : la plupart seulement, puisque rien n’était dit sur l’avortement ; il y avait donc déjà au fond une sorte de compromis de moindre mal, mais ce rapprochement irait-il toujours de soi si l’UMP se mettait par exemple à défendre le mariage homosexuel et au final le droit d’adoption …L’UMP, comme tant de partis, est bien souvent dans une logique arithmétique : telle mesure va-t-elle me faire perdre ou gagner des voix ? S’il se dit que de toute façon comme les chrétiens voteront pour le moindre mal ils continueront malgré tout de voter pour lui rien ne le freine… Mais dans le cadre des présidentielles par exemple les chrétiens devraient-ils pour autant voter pour Boutin si ce vote aboutit par exemple à empêcher « le moindre mal » UMP à atteindre le second tour ? Le problème de la démocratie c’est qu’on ne vote souvent pas tant pour quelqu’un que contre un autre…Et que plus on s’y penche plus on se rend compte que c’est drôlement compliqué :p
    P-S : et de la part de tout UAR merci pour le compliment 🙂 ! Pour les commentaires l’idée est effectivement très bonne : c’est vrai que pour le moment (pour des raisons de respect de la charte éditoriale), les commentaires sont soumis à validation, mais ‘est un point qui sera susceptible d’évoluer si la majorité des commentaires se révèlent être constructifs et respectueux des auteurs, comme c’est jusqu’à présent le cas :p

    • MD

      Dur de savoir si l’UMP pense que les cathos vont penser qu’il va penser qu’ils auront pensé ….+ régressions à l’infini ! (Il faudra bientôt réviser la théorie des jeux avant d’aller voter. 🙂 )

      En gros, notre système de scrutin majoritaire à deux tours (qui a la base était censé mettre en avant les petites formations je crois), a plutôt tendance à leurs donner de faux espoirs.

      Mettons qu’une formation catho parvienne à se hisser face au PS au second tour ; je me demande si la droite voterait pour elle en barrage à la gauche ? Ou bien si on ne nous servirait pas plutôt un laïus sur le vote utile, et sur le besoin de sauver la France du grand retour du Goupillon.

    • Manuel

      donc si on est pruave c’est de notre faute; dans la logique patronale:pour etre Gate il suffit de le vouloir! amen.la jeunesse represente l’avenir, que ca te plaise ou non. ton avenir c’est le cimetiere des vieux c

      • MD

        Prenez un peu de recul cher Manuel et essayez d’être un peu plus spirituel. D’une part vous êtes relativement hors-sujet et d’autre part, le recours à l’insulte est un aveu de faiblesse argumentaire. Si vous êtes pauvre (ou pruave !!) c’est vraisemblablement d’esprit.

        En tout cas, je vous remercie de me rappeller que je représente l’avenir, en partie.
        PS : Mea culpa aux modérateurs, l’idée d’une modération a posteriori n’était peut-être pas la meilleure.

  • Jean-Baptiste

    :p ah c’est vrai que ca en devient drôlement compliqué ^^ Le problème classique du premier tour pour les petits partis c’est qu’on met les gens en garde contre une dispersion de voix qui risquerait de causer de mauvaises surprises aux deux grands partis… Du coup les gens votent peut-être plus par prudence que par conviction. Votre exemple Parti catho/PS de la fin donne drôlement à réfléchir (même si pour qu’un parti chrétien se hisse au second tour il faudrait qu’il ait une véritable stature politique et qu’il propose autre chose qu’un simple contenu moral, comme c’est un peu le cas malgré tout…) surtout dans le contexte actuelle à la fois de déchristianisation et de cristallisation des identités religieuses…

  • MD

    Mon exemple était en effet un peu exagéré. Il faudrait déjà un vrai programme.

    PS: pour celles et ceux que cela pourrait intéresser, il y a une conf’-témoignage de Jacques Barrot (ancien ministre, membre du conseil constit’ etc) : « Foi et Politique : de l’indignation à l’engagement », à ND de la Résurrection (Le Chesnay), le 27 janvier à 20h30. (échange animé par P.Oswald, l’ancien rédac’ en chef de FC.
    (Je me permets ce coup de pub (non-équivoque 🙂 ) car ça m’a paru dans le sujet.)

    • Thidarat

      C’est une conulcsion tellement simpliste sur la situation, sans aucune valeur ajoutee d’analyse.A quoi cela sert-il de polluer le web avec autant d’inepties ?

  • MD

    Si mes propos sont si polluants que ça, je dois vous remercier, cher Thidarat, de faire oeuvre de salut public en vous transformant en ramasseur d’ordures. Vos deux lignes sont un recyclage d’une utilité manifeste. (elles ont fait faire un bond au débat, c’est indéniable.)

    Outre le fait que je me contrefiche de votre autorisation ou non de « polluer le web » (du moment que les modérateurs valident mon commentaire), je vous saurais grè de bien vouloir faire l’étalage de votre « valeur ajoutée d’analyse » quant à mes « inepties » ou au sujet de départ, d’ailleurs.

  • UAR

    Bonjour,

    L’équipe de Un Autre Regard a pris récemment la décision de faciliter la publication de commentaires en supprimant l’étape de validation préalable par les modérateurs. L’objectif étant de rendre les débats transparents et fluides sur le site, nous acceptons naturellement des commentaires qui contre-argumentent les points de vue des auteurs ou des lecteurs ; tant qu’ils sont constructifs et respectueux.
    Les propos injurieux, les règlements de compte par commentaires interposés, les jugements de valeur ou l’auto-modération des lecteurs par les lecteurs sont stériles et inacceptables.
    Comme vous pouvez le constater, ces dérives n’apportent aucune valeur ajoutée au débat et ont une fantastique capacité à agacer les auteurs, les modérateurs, les lecteurs et les protagonistes eux-mêmes.

    Merci d’en tenir compte à l’avenir, de prendre de la hauteur sur les sujets et de conserver une attitude bienveillante. Si vous ne vous en sentez pas capable, retenez-vous ! Ce site est un lieu unique d’échange de regards. Vos contributions au projet par la rédaction de commentaire sont les bienvenues, vos griefs, eux, nettement moins.

    Bonne journée et bonne lecture à tous !
    Guillaume