Date de publication : 19.01.12 Imprimer
A ? A… Ahhhhhh !!! Un autre regard sur la perte du triple A de la France

A ? A… Ahhhhhh !!! Un autre regard sur la perte du triple A de la France

C’est fait. Standart & Poor’s a dégradé la France. Avec la vague médiatique qui a accompagné cet événement – qui n’en est pas un – tous les Français doivent en ce moment même se dire « Mince, on n’a pas eu une bonne note ». Depuis le temps qu’on nous resservait le même sujet, il fallait bien qu’ un jour, on nous l’enlève, ce triple A… A comme quoi d’ailleurs ?

A comme Attendu
Parce qu’on s’y attendait. D’ailleurs les marchés aussi s’y attendaient. A tel point que la France n’a eu aucun mal à lever 8,59 milliards d’euros d’emprunt à court terme lundi après-midi « à des taux en baisse et avec une forte demande des investisseurs » ; Prochain test ce jeudi, avec un emprunt à long terme du Trésor.
Non, on ne nous fera pas avaler que subitement, la France aurait plus de mal à emprunter. Au fond, tant mieux, cela nous aidera à ne rembourser que les intérêts de la dette publique française. 1693 milliards en tout est-il besoin de le rappeler. Notre pays s’endette de 5 500 € de plus chaque seconde, soit 475 millions d’euros par jour, et près de 174 milliards par an…. Ce qui fait, voyons-voir… autour de 30 000 euros à rembourser par chacun d’entre nous. Et cela va empirer, bien entendu. Mais passons.

A comme Arbitraire ?
Seuls 13 pays dans le monde conservent, au regard des trois agences (Avec Moody’s et Fitch), la note optimale de AAA. Et cinq d’entre eux seulement ne sont pas placés dans une perspective négative : le Canada, l’Allemagne, la Norvège, la Suède et l’Australie. Le Royaume-Uni lui-même risque gros dans les prochains mois. Ces derniers temps, les agences semblent avoir acquis le pouvoir de faire la pluie et le beau temps sur les bourses mondiale. C’est du moins ce que l’on peut lire à satiété dans les grands titres de la presse.
Les rating agencies, comme disent nos voisins anglo-saxons, censées être des thermomètres de l’économie, feraient en fait ellesmêmes monter la fièvre des gouvernements en bien des occasions. D’ailleurs Standart and Poor’s a sorti son communiqué un vendredi 13. Là encore, bien évidemment, la date elle-même serait « suspecte » et aurait été le fruit d’un complot (je vous demande un peu…) du moins si l’on en croit l’Osservatore Romano. Le quotidien du Saint Siège explique qu’en tout cas la dégradation intervient « au moment même où les marchés montraient de légers signes d’amélioration à travers une détente des taux obligataires sur les titres de dette publique ».

Il est vrai que l’on se demande jusqu’à quel point les critères de ces agences sont neutres et impartiaux. Elles disent se baser sur 4 critères : la vigueur de l’économie, la stabilité institutionnelle, la solidité des finances publiques et la probabilité d’un risque. Cela dit, la note des Etats-Unis n’ayant pas été retouchée depuis leur abaissement d’un cran en août dernier, on peut se demander si d’autres critères n’entrent pas en ligne de compte, comme le fait que le dollar reste la première monnaie mondiale. Une monnaie qui garde la confiance des investisseurs, et donc sa valeur. Pékin elle-même fustige le diktat des agences, qui ne font selon elle qu’aggraver la crise.

Les notations, d’ailleurs, il faut bien le dire, reflètent bien souvent le consensus des marchés sur l’appréciation qualitative de tel ou tel pays. Mais quoi, n’avons-nous pas amplement mérité cette sanction ? Pas un seul budget national voté en équilibre depuis plus de trente six ans, un marché du travail sclérosé, des prévisions de croissance abracadabrantesque, et d’ailleurs sans cesse revues à la baisse, puisque nous avons les yeux plus gros que le ventre, et finalement une politique de la consommation et du tout – tout de suite qui nous aura fait longtemps vivre au dessus de nos moyens. Est-ce la perte des ces trois petites voyelles alignées qui peut nous donner un bon de fouet ? D’autant que selon notre président, « sur le fond, ça ne change rien ».

A comme Andouilles…
Car nous le sommes. A ne voir que le négatif, d’abord. Et à inventer des remèdes pires que le mal. S&P, qui nous a adressé des remontrances, nous précise bien que « le seul pilier de l’austérité budgétaire risque de mener à l’encontre du but recherché, en affaiblissant les perspectives de croissance ». C’est pourtant bien le refrain de la rigueur que le couple Sarkozy-Merkel nous rabat depuis des mois. Si la peur gagne les esprits, peu d’espoir que la pression qui accable les pays déjà lourdement endettés s’abaisse.

Abrutis, nous le sommes également par les réactions de notre chère classe politicienne. « C’est le résultat de votre politique » disent les uns. « Soumettez votre programme aux agences » disent les autres. Seul le silence répond à la bêtise, pourtant, depuis le temps, ils devraient l’avoir compris. Mais non. Campagne oblige, vous comprenez. Il faut faire du tapage. Même si l’on n’a pas l’intention de se présenter à la fonction suprême d’ailleurs.

Cantona (que l’amour… ♫) ne nous rendra décidément pas Coluche président. Je laisse un illustre professeur d’économie vous donner le dernier mot. « Au lieu de nous dire « au travail, surpassez-vous, et le reste viendra comme par surcroît », on nous berce en nous susurrant « faites trente-cinq heures…et le reste viendra des autres. »


Photo : © PHILIPPE HUGUEN / AFP