Date de publication : 28.11.11 Imprimer
Quête de l’immortalité, un vieux mythe de retour

Quête de l’immortalité, un vieux mythe de retour

En 2009, les recherches de deux femmes prix Nobel de médecine ont permis une avancée considérable dans la compréhension du vieillissement cellulaire. Plus récemment des chercheurs français ont réussi à rajeunir des cellules centenaires, franchissant un nouveau pas vers une médecine régénérative.

C’est la pierre philosophale, le vieux mythe que l’on ressort à volonté. Le secret de l’immortalité, des générations de scientifiques se sont acharnés à le trouver, et il refait surface aujourd’hui, à l’heure où le stock de connaissance en médecine double tous les six mois. Il faut dire que les avancées de la recherche sont spectaculaires. Mais de là à triompher comme après avoir trouvé l’emplacement de la fontaine de jouvence, il n’y a qu’un pas que la presse à sensation a vite fait de franchir.

Des dogmes biologiques ébranlés

En octobre, l’équipe de Jean-Marc Lemaitre, chargé de recherche Inserm à l’Université de Montpellier a bel et bien défini un « cocktail génétique » permettant de rajeunir des cellules de patients âgés, et même centenaires ! Ces cellules rajeunies parcourent alors de manière inverse tout le cycle de développement pour en arriver à un état embryonnaire, capable de reformer n’importe quelle cellule de l’organisme. « Ces travaux ouvrent la voie à l’utilisation thérapeutique des iPSC (induced Pluripotent Sterm Cells) à terme, en tant que source idéale de cellules adultes tolérées par le système immunitaire, pour réparer des organes ou des tissus chez des patients âgé » indique le chercheur.
C’est fait. Le vieillissement ne serait-ce donc plus irréversible. Par ailleurs, n’a-t-on pas vu à la une du Point, en juin dernier, exulter un certain professeur Miroslav Radman, croate, directeur de l’unité génétique moléculaire de l’Inserm, membre de l’Académie des sciences, après ses travaux sur la bactérie Deinococcus radiodurans, capable de résister à des radiations 10 000 fois supérieures à ce que l’être humain peut endurer et de reconstituer d’elle-même son patrimoine génétique ? Quant au Nobel de médecine de 2009, il récompensait deux scientifiques qui travaillaient depuis 1975 sur les extrémités des chromosomes de notre ADN, les télomères. Elles ont ainsi identifié la télomérase, l’enzyme qui préserve la longueur des chromosomes et qui est responsable de la régénération des cellules. Différents scientifiques cherchent maintenant à en comprendre le fonctionnement et à activer thérapeutiquement cette enzyme miracle.

La médecine régénérative, clé vers la vie éternelle ?

Paradoxalement, cette enzyme vitale que constitue la télomérase renforce aussi les cellules cancéreuses, qui en possèdent des taux élevés. Elles peuvent alors se reproduire à l’infini, propageant ainsi la mort par leur prolifération. C’est le serpent qui se mord la queue. En somme, chaque individu possèderait un taux de télomérase, donc de longévité, qui lui serait donné dès la naissance. La communauté scientifique s’attèlerait-elle donc à conjurer une fatalité ? Quoi qu’il en soit, c’est bien la perspective de la mort que l’on cherche à éloigner le plus possible.
D’autant que ces investigations, à court terme, ne prétendent pas s’affranchir (ne serait-ce que pour établir des « comparaisons ») de la sacro-sainte recherche sur l’embryon, dont le principe d’interdiction demeure maintenu dans la loi révisée de bioéthique. Principe auquel, est-il besoin de le rappeler, l’agence de biomédecine aménage chaque année des dérogations multiples, à tour de bras.

Et puis – excusez du peu – ne sommes-nous pas à l’abri de rien ? Rupture d’anévrisme, méningite, épidémie quelconque, accident de travail, carambolage routier, noyade, combien de fois n’avons-nous pas été préservés de périls bien plus grands qu’un vieillissement qui, au fond, ne fait que nous rapprocher chaque jour de l’éternelle jeunesse ? Alors – et même s’il faut se réjouir de ces quelques découvertes qui nous augurent des progrès substantiels en matière de traitement des maladies liées à la vieillesse, du peu que nous sachions, savourons chaque instant de cette vie, qui ne nous sera donnée d’être vécue qu’une seule fois.

« Enseigne-nous à compter nos jours, de sorte que nous appliquions
nos cœurs à la Sagesse » (Psaume 90, 12)