Date de publication : 16.01.11 Imprimer
L’interview-vérité

L’interview-vérité

Le dernier livre du pape n’est pas un traité de théologie sur les principaux dogmes de l’Eglise catholique, mais une série de questions posées par le journaliste allemand Peter Seewald. Les propos du chef spirituel de plus d’un milliard de terriens ne peuvent laisser personne indifférent : croyants ou non-croyants y trouveront de quoi nourrir leurs questionnements sur le sens de l’existence, sur la vie, l’amour, la paix, la joie…

 

Tous les sujets de société sont abordés, de la sauvegarde de la planète à la crise économique en passant par les nouveaux modes de vie, avec une regard plein de finesse, de lucidité et de vérité.  Au fil des pages, Benoît XVI nous étonne par sa simplicité et son humilité. Quand son interlocuteur lui dit qu’il n’a peut-être pas la trempe de Jean-Paul II, le pape répond : « Je suis comme je suis. Je ne cherche pas à être un autre. Ce que je peux donner, je le donne. (…) J’ai été élu, c’est tout – les cardinaux en portent aussi la responsabilité – et je fais ce que je peux » (p. 152).  On apprend aussi qu’au moment d’être élu, Benoît XVI a senti une « guillotine » lui tomber dessus (p.19). « Maintenant le couperet tombe et c’est sur toi qu’il tombe (…) Ce fut un vrai choc. ». Le lecteur se rend compte aussi que Benoît XVI n’est pas obscurantiste ou ennemi de la modernité. Avec Lumière du monde, nous sommes à des années-lumière du « panzer cardinal » de l’élection.

 

Infaillibilité du pape, Vatican III, une bureaucratie sclérosante, les jeunes…  aucune question n’est oubliée. Ni aucune affaire qui aurait émaillé ce pontificat : le scandale des abus sexuels, l’affaire Williamson dont il dit qu’« il n’a jamais été catholique au sens propre du terme » (p. 165), Pie XII qui a été « l’un des plus grands Justes et qui a sauvé plus de juifs que quiconque » (p. 149). A propos de l’Islam, le pape indique la voie à suivre : chercher le dialogue, et non protéger l’Europe d’une islamisation (p. 135-136). Il se prononce aussi contre une interdiction générale de la burqa (p. 81). Sur la question du préservatif, qui a monopolisé l’attention des médias au détriment du reste du livre, le pape parle pour la première fois de l’usage possible du préservatif dans un cas concret (p. 161).

 

Deux chapitres intitulés « Jésus-Christ revient » et « Des choses dernières » mettent l’accent sur la fin des temps. Mais ce livre se lit aussi comme une feuille route pour le ministère de l’Eglise que le pape vient d’ouvrir, le Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation. Benoît XVI ne donne pas de recettes toutes faites, mais il évoque à plusieurs reprises cette urgence, pour tous les catholiques, d’annoncer le Christ à frais nouveaux. « Aujourd’hui, dit-il, la question est bien la suivante : comment s’en sortir dans un monde qui est à lui-même sa propre menace, où le progrès devient un danger ? Pourquoi ne pas essayer de nouveau avec Dieu ? ».