Date de publication : 09.12.10 Imprimer
30 ans de bioéthique…

30 ans de bioéthique…

En trente ans, le secteur biomédical a connu une révolution inouïe dont nous ne voyons pas encore toutes les applications. Mais déjà, les techniques de fécondation in vitro, la connaissance du génome, permettent aux couples stériles d’espérer avoir un enfant[1]1 et, à ceux qui sont porteurs du facteur génétique d’une maladie grave, que celui-ci soit indemne de ce risque grâce au DPI[2]. L’exploration du pouvoir des cellules souches autorise aussi à envisager des thérapies cellulaires prometteuses.


On peut se réjouir de ce progrès qui permet de contourner ainsi l’obstacle de la maladie et la souffrance qui y est liée. Mais est-on bien dans  un progrès humain ? Les rapports rendus à l’occasion de la prochaine révision des lois de Bioéthique sont parfois inquiétants. On y a demandé une autorisation plus large de l’usage du DPI (avec même une détection systématique de la Trisomie 21), la légalisation de la GPA (Gestation pour autrui), l’ouverture des AMP (avec don de gamètes) pour les célibataires et les couples homosexuels, la levée de l’interdiction de principe de la recherche sur l’embryon et du clonage thérapeutique, sans oublier les demandes pour légaliser l’euthanasie[3]… Par là, (dans ce qu’il faut aussi appeler un « marché » auquel un certain nombre de laboratoires ont intérêt), se met en place une nouvelle forme de barbarie, d’arbitraire. L’embryon, l’enfant, la personne handicapée, ou en fin de vie, ne sont plus respectés de façon absolue. Certains — et cela, paradoxalement, au nom de la compassion et du respect de la liberté de chacun, valeurs ô combien humanistes — se donnent droit de vie et de mort, droit de sélection sur d’autres. La dignité de la vie de certains est évaluée en fonction de critères purement subjectifs (projet parental ou non…) et utilitaires… Mais si tel est le cas, c’est que la dignité humaine ne repose plus sur rien et nous sommes tous perdants.


En effet, la nature humaine nous donne, avec les capacités de rationalité et de la liberté qui la spécifie,  d’être une personne. C’est-à-dire un être dont l’intériorité est faite pour être ouverte au vrai, au bien et capable d’engagement, de don, en relation avec d’autres personnes. Mystère de présence et de communion. Chaque être humain dans son unicité même est donc voulu pour lui-même, sa finalité propre étant d’ordre personnel, spirituel, non utilitaire. Nul ne peut  porter atteinte à la vie de quelqu’un, la juger en comparaison avec d’autres, en raison de cette ouverture à la transcendance qu’il porte en lui et qui fait la société humaine.

Mais dès lors que l’homme ne connait plus d’autre horizon de son existence que l’horizon matériel, il ne peut plus comprendre ce caractère intangible de la vie humaine.  Notre société, tout en affirmant la dignité de l’être humain, ne sait donc plus la fonder, n’en vient à l’apprécier que parce qu’elle comble ses désirs et n’a plus la force morale de la respecter dans toutes les circonstances. (Ces deux aspects se « portant » l’un l’autre.) Par conséquent, elle se soumet aux solutions techniques qui portent en elles-mêmes une déshumanisation: l’homme devenant un objet de production comme tant d’autres, soumis à l’efficacité et la sélection; ce que, dès 1987, l’Église avait signalé dans l’Instruction Donum vitae.


Il faut donc toujours redire que tout ce qui est techniquement possible n’est pas nécessairement permis, c’est-à-dire bon pour l’homme. Mais il est clair, en fait, que l’enjeu de ces débats, c’est de nous obliger à interroger en profondeur le sens de l’existence de chacun d’entre nous et la façon dont nous le mettons en oeuvre.


Bénédicte MATHONAT


[1] Actuellement, en France, environ 14000 enfants naissent chaque année par FIV (un million dans le monde).

[2] Diagnostic préimplantatoire en vue d’un tri sur des œufs fécondé in vitro.

[3] 87% des français accepteraient la pratique de l’euthanasie pour ceux qui la demandent