Date de publication : 09.10.10 Imprimer

« Prends tes tongs et suis-moi »

Mercredi 25 août. Biarritz. Il est 16h. Les rues et la grande plage sont noires de monde. Il fait chaud. Très chaud. Les vitrines, les maillots de bains, les maisons, les voitures… tout le chic biarrot est là, et il s’affiche sous mes yeux soudainement apeurés. Il me donnerait presque envie de tout laisser tomber et de partir en courant. Je déambule dans les rues de la ville avec une sensation surprenante de ne plus appartenir à ce monde. Et dans ma tête, une question m’obsède : « qu’est-ce que je fais là ? ».

Je m’accroche et rapidement je rencontre Béatrice. Une demi-heure après le début d’une conversation qui parlait de tout et de rien, Béatrice me lâche : « moi j’en ai bavé vous savez ». Ses yeux se gonflent et il n’y a plus que sa pudeur pour retenir ses larmes. Je n’en saurai pas plus, mais c’est déjà bien suffisant pour lire toute sa souffrance. « Venez à moi vous tous qui ployez sous le fardeau ». Les paroles du Christ me reviennent, et prennent soudain tout leur sens. Je l’invite à faire une démarche au pied de l’autel qu’elle accepte ; ça me fait sourire quand je repense à sa « crise de foi » dont elle m’affirmait il y a encore dix minutes qu’elle ne s’en remettrait jamais.

Et puis il y a eu Mohamed aussi. Mohamed il est musulman. En plein ramadan. Ca le fait plutôt rire quand on parle de Dieu. Un peu jaune, il faut le reconnaître, parce que le ramadan ce n’est pas son truc. « D’façon c’est foutu » ! me dit-il. On a parlé de miséricorde, de l’amour de Dieu pour chacun, des pardons à donner dans la vie, aux autres comme à soi-même. Ca le touchait autant que ça le surprenait.
Soudain arrive ce type – la cinquantaine, bonne tête tout ça – qui écoutait discrètement notre conversation, et qui a protesté contre ma démarche au nom de la liberté de chacun. Il se trouvait être catholique… Les bras m’en tombent.  J’ai l’impression d’avoir partagé plus sur Dieu avec mon frère musulman que tout ce que je pourrai partager avec ce frère chrétien. L’évangélisation provoque des situations inattendues. Tiens, on a perdu Mohamed, tant pis.

Avant de remonter vers l’église, je croise un homme, la trentaine, chemise mi-ouverte, des lunettes de soleil qui lui cachent le visage et qui sort d’un beau 4X4 blanc. « Comment voulez-vous que ça m’intéresse votre veillée de prière ? ». Une brève discussion s’en suit. « Mouais. Pourquoi pas. Vous avez l’air heureux, vous, en tout cas. »

Parmi eux, certains viendront à notre veillée du soir, une même reviendra tous les soirs pour revenir jusqu’à la foi. La plupart repartiront sans qu’on sache grand-chose de la suite. Au fond, est-ce que cela nous appartient vraiment ?

Quoi qu’il en soit, je crois avoir compris « ce qu’on faisait là ». J’ai compris à travers ces rencontres que chaque personne recherche Dieu. Pour certains il s’appelle « argent », pour d’autre « épanouissement personnel », « paix familiale », « beauté physique », « réussite sociale ». Il a mille et un visages. Seulement, personne ne me semble comblé. Alors, qui leur dira ? Qui leur dira qu’ils sont aimés d’un amour qui dépasse et pardonne TOUT ?

Certains jours, il me semble que la prophétie de Jésus s’est déjà accomplie : « Je vous le dis, si ceux-ci se taisent, les pierres crieront ». (Lc, 19,40) Lorsque je pénètre dans une église, j’entends le cri de ces vieilles pierres qui n’attendent que d’accueillir la foule innombrable des hommes et des femmes qui ont faim et soif d’une plénitude qu’ils ne trouveront probablement jamais ailleurs. C’est le cri de l’Eglise depuis deux mille ans. C’est le cri du Christ en croix qui a soif de sauver son humanité tant chérie.

Alors qui leur dira qu’ils auront beau boire à la source de l’argent, des voitures, d’une belle maison ou des hautes études, ils auront toujours soif ? Qui leur dira qu’il existe une source à laquelle « quiconque boira n’aura plus jamais soif » ?

Qui sinon toi ?