Date de publication : 09.09.10 Imprimer

La gestion de l’affectivité

L’affectivité ? Un mot qui aurait besoin d’être précisé : l’affectivité  en effet concerne le domaine considérable des sentiments :  l’amour, bien sûr, mais aussi la colère, la haine, la jalousie,  la joie, l’émotion artistique, l’élan mystique, etc… Mais en général,  ce qui intéresse en premier un jeune, dans cet univers du sentiment, c’est la gestion de son besoin d’amour, et de sa pulsion sexuelle. Voilà pourquoi nous limiterons notre réflexion à ces deux aspects.

GESTION DE L’AMOUR : le petit de l’homme, quand il vient au monde, naît avec un immense besoin d’être aimé et d’aimer. Il a un logiciel dans le cerveau : “fait pour aimer”. Mais ceci dit, il ne sait pas aimer, il doit apprendre, car chez l’homme il n’y a pas d’instinct (sauf celui de têter!). Il  va commencer, dans sa relation à sa maman, à mettre en place un premier circuit imprimé d’amour, un circuit imprimé qui le suivra toute sa vie : un amour qui se voudrait fusionnel, qui est possessif (« ma maman à moi ! »)  et idéalisant (« ma maman, cest la plus belle du monde »). Ce rêve, inévitablement déçu, espère se réaliser un jour dans une relation amoureuse, scotchée, exclusive et merveilleuse. Ce rêve qui est évidemment  démesuré, a nécessairement besoin de se gérer. Comment ?

Il est important d’abord d’apprendre à aimer le DIFFERENT. Le différent attire, mais en même temps fait peur.  Malgré la mixité, le pré-adolescent n’est pas si fier dans un seul à seul avec le sexe opposé. Mais progressivement, il (elle) va aimer l’autre au moins en rêve, (c’est pas dangereux!), puis il va essayer de plaire, en commençant par se plaire à lui-même narcissiquement dans sa glace. Il est très positif qu’il s’aime lui-même, s’il ne reste pas bloqué à ce stade. Puis il s’investira vers une autre personne du même sexe (stade du copain)…puis vers des copains différents aussi du même sexe. Enfin, progrès important, la garçon et la fille se portent vers le sexe opposé, les garçons au début s’éprenant de toutes les filles, puis, les pulsions se canalisant,  d’un type de fille, et enfin d’une seule fille : ils (elles) sont parvenus à l’amour du différent, et mieux de la personne du différent.

Il est également important d’aimer d’un AMOUR-DON. Le petit enfant aime d’un amour captatif, il n’aime pas maman pour ses beaux yeux, mais parce qu’elle le nourrit et le gâte. L’amoureux de même, au début, aime souvent l’autre pour le plaisir qui lui est donné d’être aimé. Puis, dans un besoin de reconnaissance, il va aimer l’autre pour lui et non plus seulement pour soi. Il passe de l’amour qui prend à l’amour qui donne. Le désir et le don (eros et agapé) vont cohabiter et s’épauler mutuellement.

Autre maturation : le jeune doit passer de l’idéalisation au REALISME… Le prince charmant, la princesse de rêve, ça n’existe pas. Il n’y a pas de couples parfaits. Il faut bien porter les  imperfections, les limites de l’autre. Il faut bien “se farcir” la différence : l’autre est autre. Il y a dans tout amour une phase d’adaptation nécessaire qui ne se réalise que s’il y a engagement, une volonté ferme de tout faire pour s’ajuster…

GESTION DE LA PULSION SEXUELLE : c’est la caractéristique de toutes les pulsions humaines (pulsions de l’avoir, de l’agressivité, du pouvoir..etc..) d’être des énergies puissantes, torrentueuses, insatiables :  elles veulent tout !  La pulsion sexuelle  est l’une des plus exigeantes. “Comment draguer toutes les filles?” demandait un garçon ! La pulsion, disons, à l’état brut, ne veut pas moins que la rencontre sexuelle avec toutes les personnes du sexe opposé. Elle demande l’impossible et doit donc être gérée, maîtrisée.
Certains ne la maîtrisent pas, ils vagabondent sexuellement. Et finalement font souffrir des partenaires déçu(es) d’avoir cru être aimé(e)s, et sont souvent déçus d’eux-mêmes. D’autres la nient ou la refoulent ou s’évadent dans un spirituel qui méprise le charnel. D’autres la font dériver vers ce qu’on appelle des substituts : masturbation, gourmandise, volonté de puissance, amitié, sport etc…

Enfin certains essaient vraiment de la gérer positivement :  ils choisissent d’aimer vraiment une seule personne et de s’engager avec elle pour toujours.. Ou, s’ils n’ont pas cette possibilité et s’ils entendent ne pas poser les gestes trop engageants de l’amour, ils peuvent maîtriser leur pulsion, d’abord en en parlant, par exemple entre célibataires, en verbalisant leurs difficultés (car la parole libère la tension), ou en utilisant cette énergie (sans la nier) au service d’une grande cause : c’est la sublimation de la pulsion… Des célibataires continents qui sont heureux parce qu’ils sont investis vers un objectif humanitaire ou religieux exaltant, ça existe !
Il est évident que les paroles peuvent aider considérablement le jeune à gérer sa sensibilité comme sa sexualité. Un dialogue franc, simple, ouvert, sans fausse pudeur ni perpétuelles mises en garde est  une aide précieuse pour le jeune.

Devant des choix dangereux de leurs enfants, les parents ne doivent mettre ni un feu vert – évidemment -, ni un feu rouge qui ne ferait que monter le désir de transgression, mais un feu orange-clignotant qui invite à la réflexion, parce qu’un danger est subodoré. Un jeune devient adulte quand il devient capable de se mettre lui-même les indispensables interdits !