Date de publication : 09.07.10 Imprimer
Protéger l’environnement ou protéger l’homme ?

Protéger l’environnement ou protéger l’homme ?

L’environnement c’est par définition : « ce qui est autour ». L’environnement de l’homme c’est donc son milieu de vie. L’environnement naturel : l’air qu’il respire, le paysage qui l’entoure, le climat… Mais c’est aussi l’environnement familial, économique, politique, culturel: ce qu’on peut appeler l’environnement humain. Les deux  influencent beaucoup ses conditions de vie.
On dit aujourd’hui qu’il faut protéger l’environnement. Mais quel environnement est menacé ?

Le cadeau prodigieux de la nature

Si l’environnement humain a évolué au cours de l’histoire – on peut penser à l’esclavage qui a marqué des siècles – l’environnement naturel  est resté assez stable, à l’échelle humaine. Mais en moins de deux siècles tout a changé avec la révolution industrielle.
Jusqu’au 18ième siècle en effet, l’environnement naturel est la terre nourricière. La nature rythme la nuit et le jour, les saisons, les récoltes, la famine, les épidémies ou la prospérité. L’homme est tout petit devant son immensité et les forces naturelles le dépassent. Il cultive et subit. Son action améliore ses conditions de vie mais n’a que peu d’impact sur l’environnement.

Au 19ième siècle les choses changent très vite.

La maitrise de l’énergie avec le charbon permet celle du fer et de l’acier. Les deux donnent naissance aux machines: la révolution industrielle a commencé. De nombreuses ressources sont maitrisées dont on découvre les propriétés cachées jusque là. Le pétrole ouvre une ère nouvelle des transports et puis des plastiques. L’électricité, la chimie, l’électronique, les media révolutionnent la vie quotidienne.

Au début du 20ième siècle la nature n’a pas encore changé d’aspect mais le regard de l’homme sur la nature a profondément changé : il s’en voit le maître. La nuit est éclairée, les forces humaines sont décuplées, le ciel est conquis, les propriétés cachées de la matière chaque jour découvertes, l’homme maîtrise sa fertilité. Les grandes puissances comprennent l’enjeu stratégique des ressources du sous-sol et de leur contrôle. Cela engendre la colonisation, deux guerres mondiales et la course effrénée à la technologie.

Après la guerre, la course reprend pendant trente années de croissance glorieuse.  La médecine, et la pharmacie doublent la durée de vie; l’agriculture, boostée par la mécanisation et la chimie voit ses rendements exploser: une poignée d’agriculteurs suffit désormais à nourrir la planète et fait nouveau dans l’histoire, le spectre de la famine est écarté. On se met à parler de confort et de loisir, on contrôle les naissances : c’est la société d’abondance. La nature ne cesse d’alimenter ce progrès avec l’énergie nucléaire, la biologie, l’informatique, la génétique.
Tout cela semble ne plus avoir de fin.

L’aveuglement de l’homme : toujours plus…

Pourtant ce développement fascinant a bien quelques zones d’ombres, vite escamotées sitôt la crise passée.

La première est celle de la pollution qui suscite dés après guerre les premières unions écologistes. Mais on pense pouvoir corriger facilement ces méfaits.
Vint cinq ans plus tard, c’est la première crise du pétrole et le rapport du Club de Rome qui alertent l’opinion sur la raréfaction des ressources naturelles. Les premières politiques d’économies d’énergies sont lancées mais on ne veut pas croire à la pénurie, sûr que de nouvelles découvertes nouvelles combleront les besoins, pourtant de plus en plus croissants.

La bombe atomique fait surgir soudain la menace terrifiante de détruire l’humanité ; On gère la dissuasion puis la non prolifération. La menace ressurgit avec les possibilités fascinantes mais effrayantes des manipulations génétiques. Alarmante enfin apparait la baisse de la biodiversité. Des comités d’éthiques et des conférences internationales fleurissent. Mais leurs frêles digues sont vite emportées par la vague des  enjeux technico-économiques et du libéralisme économique et moral.

Ainsi en dépit de tous ces signaux d’alarme la course au « progrès » continue donc, portée par l’ouverture des économies de l’Est et la Chine, les  technologies de l’information et du virtuel. La finance surfe sur ces opportunités inédites. Mais quand éclate la bulle de l’aveuglement, on découvre que la raréfaction des ressources devient générale et hypothèque les générations futures alors qu’un milliard d’hommes souffre encore de la faim. Même l’air et l’eau deviennent rares !  Le réchauffement climatique fait prendre conscience que la menace est devenue planétaire.
Cette fois,  même les riches ne peuvent plus y échapper.

Après moi le déluge…le problème n’est pas technique mais moral.

L’homme découvre soudain que la nature ne peut plus suivre : sa frénésie du « toujours plus » l’a épuisée, affolée. Lui qui s’était déjà fait connaître comme « un loup pour l’homme » se révèle aussi « un loup pour la nature ». La nature, après l’avoir longtemps porté puis propulsé dans sa croissance, implore maintenant une sagesse ou se retourne contre lui.

Mais où est cette sagesse ? Plus que l’environnement naturel, c’est l’environnement humain qui est malade.
« Prenez garde que vous respirez l’air pollué du temps » disait déjà Jean-Paul II. Cet air pollué, n’est-ce pas justement ce libéralisme aussi bien moral qu’économique qui refuse toute régulation de société et tout frein aux désirs individuels? L’horizon long terme, indispensable aux adaptations des grands systèmes, est rétréci au très court terme des mouvements de capitaux dont l’impact est gigantesque, aux échéances électorales, au « tout tout de suite » du plaisir et du légalement et du techniquement possible. Après : A chacun sa vérité…, Il est interdit d’interdire…,  Cash is King…, Dérégulation…, Je kiff… , le mot d’ordre semble : après moi le déluge !

Le Déluge…, on ferrait bien d’y réfléchir.

Ce milieu naturel menacé, dont dépend notre vie, dépend directement de nos choix individuels et collectifs à l’échelle de la planète. Le problème n’est pas technique, il est moral : c’est le choix entre le bien commun ou mon intérêt individuel sans m’occuper du reste. Ces choix et ces politiques sont fortement influencés par notre environnement humain ;  en particulier l’éthique, qui façonne l’opinion et la réglementation. Ne serait-il pas nécessaire de protéger à nouveau l’homme par cette éthique universelle, dont c’était la fonction première?  L’homme pourra-il protéger la Terre s’il reste un sauvageon?  Comment mettra-t-on d’accord tant d’hommes sans une éthique commune ?

La solution planétaire requiert une morale universelle.

Le lien entre l’éthique, le dérèglement de la nature et le naufrage de l’homme, …c’est justement la leçon du Déluge. A nous de nous en inspirer pour ne pas recommencer.