Date de publication : 09.06.10 Imprimer
La crise de la dette grecque

La crise de la dette grecque

La Grèce est désormais considérée comme le mauvais élève de l’Europe. Avec un endettement de 170 % et un déficit public de 12,7 % du PIB ses finances semblent dans un  état désastreux. Si les chiffres paraissent alarmants il faut néanmoins les relativiser. L’endettement total de l’Allemagne est de 182 % de son PIB, celui de la France de 248 %. Contrairement à une idée reçue, ce ne sont pas les pays du Sud mais du nord de l’Europe qui sont le plus endettés : 330 % du PIB pour le Danemark et la Suède, 425 % pour la Grande-Bretagne et en… 1312 % pour l’Irlande ! Toute l’Europe est donc endettée et paradoxalement, la Grèce est l’un des pays relativement les moins touchés.
Pourquoi est-elle donc désignée à l’opprobre général ! Sans doute parce qu’aux excès de dépenses, s’est ajoutée une tricherie massive de la part de ses dirigeants et de ses financiers qui ont masqué l’ampleur des déficits réels, notamment aux autorités monétaires européennes. C’est donc une profonde crise de confiance dont la Grèce est l’objet, et avec elle, l’Europe. Le danger est que ce défaut de confiance s’étende à toute la zone euro et même à l’ensemble des pays occidentaux. En effet, durant la dernière décennie, une sorte de folie financière a conduit les institutions financières à fermer les yeux sur la réalité économique des pays ou des entreprises auxquels elles prêtaient, en jouant sur l’espoir d’une croissance économique ininterrompue.
L’ennui bien sûr c’est que la crise a brutalement arrêté cette machine financière illusoire. La croissance étant faible et même négative pour certains pays, les taux d’endettement sur lesquels on fermait pudiquement les yeux deviennent désormais insupportables. La communauté financière craint à juste titre de ne jamais recouvrer ses créances et une panique générale pourrait s’installer dont les conséquences sont complètement imprévisibles… On montre alors du doigt le tricheur pour ne pas avoir à admettre que c’est l’économie qui a été prise de folie.

Qui est responsable de cette situation ? Les politiques bien sûrs qui n’ont pas su dire à leurs concitoyens qu’une croissance économique payée par une dette de plus en plus élevée était un leurre et un terrible héritage laissé aux futures générations. Fautifs aussi, les banquiers et les financiers qui n’ont pas hésité à continuer à prêter alors même que les espérances économiques étaient très risquées ; mais chacun espérait lâchement pouvoir tirer son épingle du jeu avant que la crise n’éclate. Fautifs enfin le peuple grec et les peuples européens qui se sont bien gardé de s’opposer aux déficits publics et à l’endettement massif des Etats, trop contents de bénéficier des services qu’ils procuraient. Qui aurait voté pour un candidat préconisant une « politique de rigueur » et une diminution des dépenses publiques?

Si l’exemple grec doit nous apprendre quelque chose, c’est que nous avons à prendre notre part de responsabilité dans la fuite en avant dont nous avons été des victimes trop consentantes. Le chrétien qui est aussi ce citoyen, doit porter cette lucidité, pour lui et pour les autres.

Pierre-Yves GOMEZ