Date de publication : 09.04.10 Imprimer

L’écologie du temps

Un sondage récent évaluait à plus de 60% la part de la population active qui se sent stressée à cause de la course après le temps. L’émiettement du travail, l’allongement de sa durée et sa flexibilité, la pression des urgences, les fonctionnements dictés par la logique informatique…, dissocient le rythme du travail du temps biologique. Par ailleurs, les « temps libres » deviennent souvent des « temps morts », marqués par la solitude, le désoeuvrement et, chez les jeunes, par le bruit de musiques assourdissantes ou le défoulement afin de colmater les vides intérieurs. « Je « crame le temps » me confiait récemment un adolescent désabusé, qui avouait « perdre son temps ».

Le christianisme propose une vraie écologie du temps. Le temps est d’abord une création de Dieu. Un don précieux que le Seigneur fait à l’homme. Il lui demande de l’humaniser, de l’entretenir comme un jardin. Tirer parti du temps présent, cultiver la patience, s’exonérer du primat des urgences et du tout, tout de suite pour ne pas oublier ce qui est essentiel, gagner du temps en anticipant son emploi, éviter de gaspiller le temps car c’est une denrée rare, sans courir obsessionnellement après lui, dessinent la syntaxe d’un usage mesuré du temps.

Pour un chrétien, le temps est une miséricorde du Seigneur. « Il use de patience envers nous, ne voulant pas que quelques uns périssent mais que tous parviennent à la conversion » (2 Ps, 9). Il est aussi sagesse et histoire. On apprend beaucoup du passé. Auguste Valensin disait que « Dieu a créé le temps afin que nous puissions nous reprendre. »

Depuis que dans le Christ, Dieu s’est inscrit dans l’histoire des hommes, Il a libéré le temps de sa propre finitude. Le temps ne tourne pas en boucle, comme le prétendent les adeptes de la réincarnation. Il n’est pas répétition. Il ne constitue pas non plus un compte à rebours à cause d’une inexorable dissolution du monde. Il n’est ni nostalgie, ni fatalité. Le Ressuscité l’a ouvert dès maintenant et de façon définitive, à l’éternité de Dieu. Il est providence.

Un jour, Pierre dit à Jésus : « Maître, nous avons prié toute la nuit sans rien prendre » (Lc 5, 5). Epuisé, à bout, le premier des apôtres avait dépensé toute son énergie dans la peine et le combat afin d’obtenir une pêche à la hauteur de son engagement. Découragé, Pierre exprime bien ce rapport dépressif et angoissé au temps, qui est le lot de tant de nos contemporains. A contrario, le temps de Dieu est habité par l’espérance. « On obtient Dieu autant qu’on en espère. » (Ste Thérèse de l’Enfant Jésus)

L’écologie chrétienne du temps est une leçon de confiance. Faisant mémoire de la fidélité de Dieu, le croyante attend tout de Lui. « C’est avoir Dieu que de l’attendre » (Fénelon)