Date de publication : 09.04.10 Imprimer

La pédophilie et l’Eglise

Jeter un autre regard sur les actes de pédophilie qui entachent l’Église catholique en plusieurs pays d’Europe, c’est d’abord, parce qu’elle est « toujours belle et terrible », regarder la vérité en face. Et les chrétiens sont appelés à faire la vérité dans la charité (Ep 4, 15).

Or la vérité, c’est que tout acte de pédophilie est haïssable parce c’est l’atteinte la plus grave qui soit contre la dignité de la personne humaine. Attaquée dans son âme et dans son affectivité, la victime d’une telle violence l’est aussi dans l’intimité de son corps ; à quoi s’ajoute le fait que cette personne est fragile, incapable de se défendre contre celui en qui elle avait spontanément confiance.

Cet acte abominable est encore plus grave s’il est commis par celui qui est chargé d’éduquer et de témoigner par toute sa vie de l’Amour absolu de Dieu. La pédophilie des clercs est donc bien un scandale évangélique : « Celui qui entraînera la chute d’un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui » qu’il meurre. […] malheureux celui par qui arrive le scandale ! » (Mt 18, 6-7)

Cette vérité s’adresse à notre intelligence, plus qu’à nos passions. Il convient de délaisser les polémiques de tout bord. Les attaques faciles contre le Pape sont intellectuellement aussi basses que sont moralement vils les actes dénoncés. Et les défenses enflammées de l’Église sont parfois elles aussi déraisonnables. Or ce que l’intelligence nous dit, c’est de penser d’abord aux victimes. C’est par elles qu’il faut commencer ; ce sont elles qu’il faut aider, accompagner, soutenir et pour qui il faut prier.

Que ces crimes atroces aient été commis par des prêtres nous rappelle que l’Église est sainte, mais composée de pécheurs. Celui qui s’abaisse, abaisse avec lui le corps entier. C’est pourquoi les catholiques auront toujours la haine du péché, mais l’amour du pécheur. Or aimer le pécheur, c’est le prendre au sérieux, spirituellement d’abord, en l’exhortant à reconnaître et à regretter ses péchés, et à tout faire pour réparer le mal commis ; concrètement ensuite, en le traduisant devant la justice des hommes et devant la justice de l’Église desquelles il recevra les sanctions pénales et canoniques qui s’imposent. Et si des évêques ont couvert de leur silence coupable de telles horreurs, ils doivent aussi répondre de leurs actes.

Mais confesser ses péchés et faire pénitence sont des actes d’Espérance, c’est-à-dire de construction de l’avenir. Pour l’Église universelle, il y a là un appel à redoubler de prudence dans le discernement et l’accompagnement des vocations religieuses et sacerdotales. Il y a aussi un appel à rendre grâce pour le don du célibat ecclésiastique qui ne saurait sérieusement être mis en cause : l’acte pédophile est un acte pervers qui va contre la vocation naturelle au mariage. Il ne s’agit pas d’un exutoire pour des hommes qui souffriraient dans leur chair de leur solitude, mais d’une déformation abjecte de la nature humaine. Accuser le célibat sacerdotal, c’est faire comme si l’acte pédophile était une relation sexuelle normale.

Pour tout homme de bonne volonté, ces événements dramatiques invitent à un regard lucide et responsable, sans passion ni préjugé. Pour les fidèles du Christ, c’est un appel à redoubler de foi et d’espérance dans le Dieu qui, parce qu’il est charité, conduit l’humanité à sa perfection.