Date de publication : 09.03.10 Imprimer

Pie XII, vénérable ?

Le 19 décembre 2009, le pape Pie XII a été déclaré « vénérable » par Benoît XVI, qui reconnaît ainsi « l’héroïcité de ses vertus ». Ce terme désigne les efforts réalisés en vue de devenir meilleur, d’accueillir la grâce de Dieu, de pratiquer la charité, de se conformer à l’évangile et d’être fidèle à l’Eglise. Ce critère est le plus important, devant d’éventuels miracles réalisés au cours de la vie du chrétien. Ainsi, quels éléments de la vie de Pie XII ont permis de la déclarer « vénérable » ?

Tout d’abord, Pie XII, secrétaire d’Etat de Pie XI, a co-rédigé l’encyclique Mit brennender Sorge (Avec un souci brûlant) qui condamne explicitement en 1937 le national-socialisme ; il a aussi été nonce apostolique en Allemagne dans les années 1920-1930. Il connaît donc bien Hitler, et ne va pas hésiter, à soutenir la première tentative de renversement du Führer, en 1940, prêt à « faire tout ce qu’il peut » pour aider. La diplomatie franco-britannique laissera s’enliser cette opportunité.

Cependant, les messages de détresse affluent pendant la guerre au Vatican, confirmant l’extermination des Juifs par les nazis. Le 26 juillet 1942, Pie XII s’apprête à transmettre à L’Osservatore Romano deux feuillets condamnant l’action de Hitler. Mais au même moment, il apprend la déportation brutale de 40 000 personnes en Hollande, en réaction à la déclaration de Mgr De Jong, primat de l’Eglise hollandaise, qui condamne les déportations de Juifs aux Pays-Bas. « Pâle comme la mort », le pape renonça à toute protestation solennelle. Cet épisode va être déterminant. Malgré tout, il exprimera à Noël 1942, à la radio, sa « compassion envers ceux qui à cause de leur nationalité ou de leur race, se trouvent livrés à des mesures d’extermination. »

Dès lors, Pie XII choisi d’agir silencieusement, plutôt que de risquer la déportation de milliers de chrétiens. Il demande « aux pasteurs en fonction sur place le soin d’apprécier si le danger de représailles et de pression (…) conseillent la réserve. » Il encouragera personnellement les monastères, séminaires, églises, congrégations, à ouvrir leur bâtiment, y compris les couvents cloîtrés. A Rome, c’est ainsi que 80% de la communauté juive sera sauvée. A l’issue de la guerre, le grand rabbin de Rome, Israel Zolli, se convertira avec sa famille au catholicisme, déclarant que « au cours de l’histoire, aucun héros n’a commandé une telle armée, aucune force militaire n’a été plus combattante, aucune n’a été plus combattue, aucune n’a été plus héroïque que celle menée par Pie XII au nom de la charité chrétienne. »

Ainsi, dans le cas de Pie XII, l’Eglise a particulièrement retenue sa volonté de « pratiquer la charité chrétienne » ; cet exercice de la charité trouve sa perfection dans la discrétion. Pie XII dira à l’évêque de Berlin en 1943 que « rarement Dieu avait imposé une charge aussi lourde sur les épaules d’un pape. » L’Eglise croit que l’histoire peut et doit tendre vers « une connaissance vraie de la réalité passée ». Elle sait que la Vérité l’emportera à l’horloge de Dieu.