Date de publication : 09.03.10 Imprimer

Avatar, un film chrétien ?

Sur la planète Pandora, deux « peuples » se rencontrent et s’affrontent. D’un côté, il y a les « purs », les Na’vis qui représentent une société idéale : mal absent, paix entre les individus, communion avec la nature et respect de la divinité. De l’autre côté, il y a les hommes : ils sont le mal. Leur unité se construit autour de l’appât du gain, ils n’ont aucun rapport à la nature en quoi ils voient un ennemi, et ne croient en rien si ce n’est en la force et la puissance technique. Leur grand péché est de ne pas « voir » ni d’« entendre » la nature ; ainsi seul les scientifiques cherchant à connaître la nature seront sauvés, c’est-à-dire dignes de rester sur Pandora. Dans Avatar, la racine du mal est l’avidité : à cause d’elle les hommes deviennent aveugles et sourds, réduisant la nature en une « mine » à exploiter.

 

Quelques points de rencontre avec la pensée chrétienne sont visibles. Premièrement, le rapport à la divinité, ici la nature, implique harmonie ou dysharmonie dans la société. Aussi, le mythe d’une société idéale affranchie du mal est une espérance humaine et chrétienne : la vie éternelle au paradis sera sous des cieux nouveaux et sur une terre nouvelle où régneront la paix et la justice. De plus, pour accéder à cette vie nouvelle, il faut renaitre d’eau et d’esprit par le baptême ; de même Jake Sully renait dans son avatar pour intégrer pleinement le peuple. Troisièmement, nous assistons à un jugement, à une élection et à une damnation. Jake Sully est l’élu : le seul homme habilité à intégrer le peuple dans son nouveau corps ; les scientifiques, s’ils peuvent rester sur la planète, n’intègrent pourtant pas le peuple des Na’vis. Les autres hommes sont tout bonnement renvoyés chez eux, sur terre, un « enfer » où il n’y a plus de nature. Pour Avatar, le paradis est la planète Pandora, l’enfer la terre.

 

Au delà de la limite évidente de ce film qui divinise la nature selon un credo panthéiste, une autre limite est remarquable : le dénigrement du corps. Le fait de pouvoir contrôler un corps par l’esprit et même changer de corps dévoile le dualisme platonicien sous jacent. Le corps ne constitue plus la personne. Jake abandonne son corps handicapé au profit d’un corps lui permettant de courir, de chasser, de voler, bref de communier avec la nature. Pour Avatar, seul compte la vie de l’esprit appelé à communier à l’esprit de la divinité ; le corps, aussi nécessaire soit-il pour se mouvoir dans la nature, est voué à disparaître : pour preuve la « mort » de Grace dont l’esprit rejoint l’esprit de la nature, Eiwa. La nature elle aussi semble alors réduite au corps d’un esprit global ; Pandora ressemble à une tête dont la forêt serait les cheveux. Eiwa en se voyant comparé à un réseau informatique devient une caricature d’esprit. Toute transcendance de la divinité est alors effacée : l’arbre au cœur de la forêt est le terminal par lequel les Na’vis se connectent au réseau et ont accès à ses fichiers, mémoires des défunts.

 

Comme de nombreux films, Avatar repose sur des présupposés philosophiques et théologiques. L’immense intérêt de ce film est, par le caractère imaginaire de son univers, sa puissance allégorique, sa capacité à susciter la réflexion par le biais de l’image. Son idéologie est franchement païenne, mais comme toute hérésie, elle éclaire notre foi par voie négative.

 

Père Hugues JEANSON